Des mots en plein Furvent

Un blog libre et venteux, à publication sporadique

Et encore un coup magistral de la part du mec possédant un établi à roulette. Quand tu sors la carte Beatles il y a deux écoles. Les bien-sûr que oui, bien évidemment et les c'est de la merde. Cette dichotomie est d'une profonde tristesse, comme toutes les séparations binaires en sommes, simplistes et bien trop réductrices pour pleinement représenter la réalité.

Avec ces deux albums, j'ai retrouvé avec plaisir beaucoup de morceaux connus, mais aussi des moins connus et ce fut un plaisir. J'aime le groupe, je n'en écoute presque jamais (sauf au boulot pour faire bouger les vieux) mais c'est toujours un délice lorsque je tombe dessus, me repassant l'album deux fois histoire de sucer l'os jusqu'à la moelle.

Il y a de tout comme le dit si bien M. jnb, tu peux te laisser bercer par les mélodies, te plonger dans les arrangements absolument dingues, et bien plus. La puissance créative de ces quatre bonhommes est assez dingue quand on se penche sur l'oeuvre qu'est la discographie du groupe.

Choisir une réponse fut une nouvelle fois ardue. Il y avait bien les albums colorés de Baroness mais, je n'étais pas complètement convaincu par ce choix.

En creusant un peu je me suis rendu compte que peu importe le morceau des Beatles, cela me faisait du bien, me donnait le sourire. Et lorsque la musique te rend heureux c'est le jackpot.

Les neurones en ébullitions, une idée jaillit alors dans mon esprit. Il y a bien un groupe qui me fait penser en tout point aux Beatles, un groupe qui me surprit tant sa musique offre plusieurs grilles de lecture. Cela fait relativement peu de temps que j'écoute ce groupe, tout juste un an je crois, je me revois partant au boulot, seul sur la route, seul partout, en profitant alors pour prendre des chemins de traverses, s'arrêter pour regarder la Loire, putain que c'est beau un lever de soleil sur l'eau alors que le monde est confiné, une certaine tranquillité, sérénité. Donc ouais ça doit faire tout juste un an, et c'est déjà pas mal.

C'est donc avec grand plaisir que je propose l'album Act IV: Rebirth in Reprise du groupe The Dear Hunter. Et comme monsieur trois lettres m'avait pondu deux albums sur un pong, je lui offre un choix, un dilemme peut-être pour ce boulimique auditif. Ou peut-être est-ce alors une évidence, que les cartes sont déjà dévoilées, que les jeux sont faits.

Car The Dear Hunter avec cet album sorti en 2015 continue une oeuvre débutée en 2006, se poursuivant même en 2016 avec un Act V. Il est alors intéressant de remarquer l'évolution du son, l'évolution du chant (et ça part de loin…), cependant la qualité d'écriture est presque irréprochable, sur tous les albums.

Comme avec les quatre garçons dans le (fur)vent, la musique du cher chasseur me rend joyeux, me donne la banane à chaque fois. Peut-être est-ce dû au fait que j'ai l'impression d'écouter une histoire, un conte mise en musique. Et c'est évidemment le cas si on prend l'histoire racontée dans sa globalité sur les cinq albums. La musique renforce la narration et le chant vient sublimer la musique, tout est en place pour produire un album d'exception.

Le mélange choeur et instruments à vent embarque l'auditeur dès les premières secondes, je suis toujours admiratif de l'écriture de telles parties. On ressent une parfaite synthèse de l'histoire musical occidentale.

Avec The Old Haunt les codes de la musique pop sont respectés, le morceau pourrait très bien passer sur les ondes (est-ce encore un truc ça, un objectif ? en 2021 ?) et pourtant les variations de rythmes, les alternations rythmiques entre guitares et voix en font quelque chose de bien plus sophistiqué qu'en apparence. At the end of the earth possède sûrement une des plus belles parties vocales de l'album, forte en émotion et avec des choeurs absolument magnifiques.

Il en va de même pour le reste de l'album, un vrai plaisir, total même tant la musique et la narration ne font qu'un.

Bonne écoute.

Ah oui et si cela intéresse quelqu'un, le groupe a également pondu un album intitulé The Color Spectrum, morceaux issues d'une collection d'EP, une représentation expérimentale des couleurs. On y retrouve e l'électro, du rock, hard aussi, de la pop, et encore d'autres variations. Attention cependant l'album dure deux heures et demie et tout n'est pas d'un niveau égal. En revanche si cela vous intéresse de découvrir les expérimentations de Casez Crescenzo alors foncez, il y aura certainement de quoi contenter vos oreilles.

https://musicbrainz.org/release/df96e4ee-ee90-49ad-89c2-3352bf6fb204

« Bon Patrick, je sais bien que la retraite approche à grands pas, mais là faut que tu t'y mettes un peu. Le match d'hier était une purge, la faute à l'arbitre assurément, point. Alors on s'y met et à 16h30 on débauche d'accord. Je veux pas encore faire des heurs supp' jusqu'à 17h13. »

Le monde des médecins légistes était abrupte, dur et hostile. Patrick le savait que trop bien, lui qui avait fait sa carrière ici, un dinosaure dans le service, qu'on surnommait affectueusement Pat'folle et parfois Pat'molle.

Tout dépendait de l'état de Patrick, si sa jambe le lançait et provoquait ainsi une démarche atypique (sûrement dû aux longues heures de danse country et french cancan avec Marie-Louise, la vendeuse de colliers ésotériques sur le marché, et accessoirement une très, trop bonne amie.) alors c'était le premier et, bien souvent, lorsque'il se pensait déjà à la retraite alors c'était le deuxième. La conjugaison de l'un et de l'autre n'était pas impossible et alors Patrick se transformait en Pat'ravay, un modèle de fonctionnaire à l'ancienne comme on en fait plus, un véritable dieu de la glandouille, doté d'un instinct rare en matière d'esquive de tâches.

Notre ami renvoya donc le corps de notre défunt Raphael et attendit le prochain, feuilletant son catalogue de voyages du CA. Son esprit était déjà sous les cocotiers. Alors qu'il reluquait le postérieur peu vêtu d'une mannequine spécialisée dans les catalogues de voyages (Il devait certainement y avoir une formation spécifique pour cela) un corps arriva.

Patrick ressentit de suite une soudaine envie de pot-au-feu, d'une bonne bouffe entre amis autour d'une bonne bouteille (assurément un Saint-Nicolas ou un Champigny, la crème de la crème) conclue par la traditionnelle partie de Dr Maboule, on ne se refait pas. Cette subite envie n'était pas arrivée dans un coin de son cerveau par hasard, mais cela notre ami ne le savait pas encore.

Alors qu'il récupérait le dossier de la victime, tournant les feuillets avec délicatesse, ses mains gantées étant de véritables machines à tuer pour ces fines feuilles de papiers, une vraie boucherie si on ne faisait pas réellement attention, il fût pris d'un vertige.

« C'est quoi ce bordel nomdidiou !? » s'écria Patrick à la lecture du dossier. Le policier, interrompu en plein ménage nasal, ricana nerveusement et dit que la victime était la toute première d'un nouveau genre, celle d'un tueur mystico-écolo.

L'homme gisant sur la table s'appelait Martin, 27 ans, un jeune débrouillard et aimé de tous, ayant eu le malheur de faire de l'autostop sur la voie communale 28 entre Chatouin-le-pres et Dramart-en-rate. Martin avait entrepris, il y a deux mois de cela, un voyage initiatique à la découverte de notre ruralité, explorant les méandres champêtres et prêtant ses mains et sa force contre le gîte et le couvert. Voyager simplement, se reconnecter avec les gens, les vrais, avait toujours été un motto pour Martin. Peut-être était-ce cette naïveté innocente qui lui avait couté la vie. Car un beau matin, sur cette route communale toute cabossée par les allers-retours des tracteurs, il avait rencontré un homme, quand bien même on puisse encore le.nommer ainsi.

« Et c'est la seule victime pour l'instant ? » demanda Patrick au policier.

« Ah ben ça non Pat', je pense que tu as toute une récolte qui arrive, trois rangs de 27 ans, deux pieds de quinquas, un composte de sénior et de petits plants d'adolescents »

« Putain mais qu'est-ce que tu racontes là, tu passes bien trop de temps chez Gamm Vert toi »

« Pat', je pense qu'il serait judicieux que tu essaies d'activer les quelques neurones présents dans ton cerveau, on parle ici d'une récolte de victime, sur une terre argileuse en plus alors notre gars n'est pas un amateur. Pat', ces victimes proviennent d'un potager... »

Subitement, le cerveau de Patrick se mit en ébullition, tel un Sherlock Holmes, tout prenait sens et il comprenait maintenant. Il avait affaire à un meurtre, un parmi tant d'autres. L'oeuvre d'un type dérangé, qui prenait les personnes en stop pour, semblerait-il de part sa brève observation du corps, leur assenait un bon coup de pelle sur la tête pour ensuite les enterrer dans son potager. Un grand malade, un de plus.

Patrick se rappela de cette sordide affaire du tueur à linge, épinglé par un voisin un peu trop voyeur alors qu'il étendait sans complexe sa victime sur le fil à linge après l'avoir bien repassé et aplatit, sans oublier le lavage à haute température pour tuer les germes et la lingette anti-décoloration histoire que la peau de la victime ne soit pas altérée par les teintures de ses vêtements. Une sombre histoire qui avait donné lieu à une course poursuite mémorable où les policiers partirent à la poursuite du tueur fou, ce dernier prenant soin de brouiller les pistes en positionnant des pastilles d'adoucissants sur des chemins erronés et tendaient des pièges mortellement glissants à nos deux valeureux soldats de la loi en aspergeant le sol de son mélange (non-breveté) de soude et lessives. Une glissade vous cassait un membre, la soude finissait le travail...

« Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris » souffla Patrick alors qu'il retroussait ses manches. Il inspira un bon coup, remercia ses parents de l'avoir obligé à choisir latin au collège, jura que plus jamais il n'achèterait de produits bios puis entama sa danse de scalpel, sa dernière danse.

J'imagine la tête du grand-père en entendant les bruits émanant de la chambre/mausolée de M. jnb, un choc entre deux mondes, deux visions des choses. Bien que le grand-père et les gars de King Crimson ne doivent pas avoir une différence d'âge bien élevée, il y a un gouffre qui les séparent. Bon finalement en allant jeter un rapide coup d'oeil sur Wikipedia, je vois que l'ami Fripp est né en 46, il y a finalement un faussé entre nos deux hommes, une guerre même.

C'est marrant quand même quand tu y penses. Deux personnes naissant le même jour, peuvent avoir des vies complètement différentes, avec une course effrénée de retard/avance sur l'autre. C'est tout de même drôle de se dire que pendant que des gars s'amusent à découper des bandes pour coller, littéralement, des sons, essayant de repousser les limites de la création tu as, dans notre magnifique pays(age), un mec qui te pond une chanson comme Vanina, que Michel Sardou est déjà là ... le ver est déjà dans la pomme.

Effectivement les gars de King Crimson sont des magiciens, agençant des choses impossiblement conjugales pour, une fois le sort récité avec une certaine liberté sur.l'interprétation des codes, accouchent d'une oeuvre magnifique.

On peut y retrouver des plans floydiens (easy money) pour enchainer avec un morceau comme the talkin drum où l'on oscille entre l'orient, la musique des Balkans et le planant de l'époque. Bluffant.

Pour envoyer un bon ping à mon compatriote je suis reparti à l'âge où ses cheveux poussaient, les miens aussi d'ailleurs. Puis ils ont été coupés, et maintenant ils repoussent enfin. Bref l'âge où débute ce chamboulement hormonal en tout un chacun, l'âge où tu enfourches ton fidèle destrier motorisé pour te rendre à la médiathèque. Tiens, elle est de retour celle-là.

Effectivement, en y repensant cette médiathèque fut un éveil musical incroyable, et l'album du jour a déjà été évoqué brièvement dans un ping précédant. Où plutôt sa forme originelle car aujourd'hui ce qui nous intéresse c'est le remastering qui en a été fait.

Nous sommes donc avec Pain of Salvation et l'album culte qu'est Remedy Lane. Je me rappelle encore sortir la galette du blister plastique, l'insérer dans mon walkman provenant de la Redoute, avec coques échangeables, et ouais...

L'album est la quintessence du style à l'époque, un bijou de créativité, une oeuvre culte pour les amateurs du genre mais, il souffrait des poncifs des productions de l'époque dans l'équilibrage des instruments. J'ai toujours trouvé que les cymbales étaient trop aigües, que le mix général l'était également, que la voix si magnifique de Daniel Gildenlöw était parfois étouffée. Cela n'enlève rien au fait que l'album est incontestablement brillant d'ailleurs. Le monsieur a du entendre cela et, en 2016 sort à nouveau l'album dans une version remixée ainsi qu'une version live (avec le line-up de 2016 et donc plus aucuns membres présents sur l'album de 2002 hormis M. Gildenlöw.)

Dès les premières notes je repartis presque quinze ans en arrière, tout en redécouvrant des lignes de basses dont je n'avais aucune idée jusque là, en redécouvrant une oeuvre encore plus vivante, plus moderne sûrement.

Le premier morceau met en jambe l'auditeur, cela s'annonce lourd. La suite (Ending theme) introduit l'histoire, dépose des thèmes qui seront repris tout au long de l'album.

L'album démarre vraiment avec le troisième morceau Fandango, je me rappelle encore la première écoute, j'avais eu du mal à l'époque à faire jongler mon cerveau avec ce rythme singulier, à assembler les différents instruments pour en comprendre le tout.

A Trace of Blood se voit lui aussi embellit par ce remix, la ligne de basse à partir des trente secondes est magnifique, me faisant penser instinctivement à Rush. Et puis cette guitare, envoutante, te parlant avec des notes comme seuls les grands musiciens savent le faire.

Après cette débauche d'énergie, reposons nous un peu avec This Heart of Mine (I Pledge), sublime ballade ou les arpèges et la voix haut perchée se marient à ravir. Il faut en profiter car cette incursion dans la lumière retombe vite avec Undertow, le morceau suivant, sombre au possible, triste à en crever.

Et là, nous arrivons sur le morceau que je préfère, depuis le début et toujours aujourd'hui. Je crois d'ailleurs que si un classement sur l'ensemble de mes écoutes devait être fait, il y occuperait assurément le top 3, facilement.

Oh, j'en oubliais également Chain Sling, lui aussi dans mon top 3, ça fait quand même beaucoup pour un seul groupe, seul un certain Dream Theater avec Blind Faith pourrait truster le haut du classement. J'exagère sûrement, car on pourrait y ajouter beaucoup d'autres titres.

Dryad of The Woods est un instrumental, c'est beau et subliment travailler et cette montée en puissance sur la fin vous fait frissonner à chaque fois, si ce n'est pas le cas je ne peux pus rien pour vous, repartez donc vous sardouiller les oreilles, si tenté que ces organes puissent vous servir à écouter de la musique.

Waking Every God est peut-être la pièce la moins forte de l'album, morceau plus classique, non sans talents et bons moments.

Second Love est un superbe slow, pourquoi ne passons nous pas cela dans les booms, ça emballerait avec classe non ?

Beyond the Pale termine cet oeuvre et comme toujours avec Pain of Salvation nous avons le droit à une pièce assez longue pour refermer l'album, le remix rend le morceau encore plus péchu. Quand les lignes de basses sont mis en valeurs, les albums prennent une autre tournure, instrument de l'ombre trop souvent méprisé. Les thèmes des différents morceaux sont repris et parachève l'histoire de cet album, la créativité du groupe est vraiment parfaitement résumée dans ce morceau. Quinze ans après, écrivant ces lignes sur mon pc, je suis encore en train de balancer ma tête comme une gugusse, et plisser les yeux lorsqu'un bon phrasé musical vient te chatouiller les poils. (Ça vous arrive aussi à vous ?).

Quand un groupe est grand, qu'un album est à la fois une oeuvre musicale mais aussi sentimentale, constructive, que le casque sur vos oreilles est beaucoup plus juste avec les sons que vos oreillettes intras achetées 10 euros chez Super U, le plaisir est tel qu'il n'y a pas de mots, hormis ceux plus haut et, surtout, le plaisir de réécouter encore et encore.

Bonne écoute.

https://musicbrainz.org/release/728657d9-48cf-4bf0-9c9d-5a2532d24488

Raphael s'était rapidement habitué à sa nouvelle vie, et pourtant au début il n'y croyait pas. Il faut dire que notre gars vouait un véritable culte à son travail, pire que ça même, son lieu de travail. Responsable d'un import/export de serviettes micro-fibres, Raphael n'était pas peu fière d'accueillir les futurs clients ainsi que les collaborateurs dans son bureau où trônait toute l'étendu de sa magnifique vie professionnel, de son succès.

Les trophées de la meilleure cadence d'exportation de micro-fibres type 2 (en excluant bien sûr les fameuses type 2-bis) pour les années 2017 et 2018 étaient placés de façon équidistante sur son gros bureau, un portait de Marie Kondo en face de son fauteuil, lui rappelant chaque jour que l'ordre, la discipline et la science du rangement étaient les fondations d'une oeuvre solide, d'une vie sereine. Il manquait bien ici la médaille de la confrérie des adorateurs de l'essuie-tout mais, en 2016, notre ami s'était emporté lors d'une soirée un peu trop arrosée et avait tweeté que les marques distributeurs valaient amplement les grands de ce monde, Spontex et L'Éléphant en tête. Une sombre histoire dans le monde de l'essuyage, qui jamais ne lui pardonna cet affront.

Raphael connaissait les moindres recoins de son entrepôt, toutes ces serviettes méticuleusement classées, indexées, pouvant être expédiées dans la seconde, littéralement. C'était une beauté à voir une fois dans sa vie selon lui.

Alors lorsque la nouvelle du confinement tomba, notre homme fut choqué d'apprendre qu'il était non-essentiel à la Nation. Et pourtant, qu'adviendrait-il d'un pays, d'une nation, d'un peuple s'il n'avait pas de serviettes micro-fibres, petits bijoux de polyvalence nettoyante. C'est donc contrarié que Raphael rentra chez lui ce soir-là, son ordinateur professionnel sous le bras et ses classeurs de couleurs différentes rangé par dégradé de couleurs dans son carton. Dans la précipitation il en avait même oublié d'emporter avec lui son poster et ses trophées, le début de la fin sans doute.

Le voilà donc chez lui, premier jour de confinement, 7h24 (toujours un peu en avance le gars Raphael) devant son ordinateur, le café et les paillettes framboises/mûres déjà avalées, le repas de ce midi fait et celui du soir aussi, faut pas déconner non plus, la vie est assez courte pour qu'on s'emmerde à prendre le temps de cuisiner. Merci Marie, Merci aux Croustibattes. Nous sommes lundi, et dans la tête de Raphael c'est déjà l'effervescence. Le lundi c'est la réunion de stratégie, celle ou son esprit entrepreneurial brille, où sa vision globale du marché de la micro-fibre en fait frémir plus d'un. Sauf que les minutes défilent et hormis l'antivirus lui disant que sa base virale truc-chouette a bien été mise à jour, personne ne lui parle. Personne n'est connecté d'ailleurs.

Notre homme le savait depuis longtemps, ses collègues n'étaient pas réellement intéressés par leur boulot, la micro-fibre n'étant qu'un moyen comme un autre de ramener du fric à la maison. Putain qu'il détestait tous ces cons. Lorsqu'il appela la hiérarchie, oui parce que voyez-vous, notre ami n'était qu'un simple franchisé, tomber dedans un peu par hasard, abordé un samedi après-midi chez Action au rayon serviettes (naturellement) par le numéro 2 mondial de la micro-fibre, un certain Jean-Charles Gratt (Origine nordique), on lui répondit gentiment que le marché de la micro-fibre était en standby pour le moment, les imports/exports étant gérés par des algorythmes et des robots, nul besoin de changer ce qui marchait déjà plus que bien.

Lorsque l'assistant artificiel, dont Raphael n'avait sans nul doute relevé la réelle identité, eut terminé son discours et raccroché sans même une formule de politesse (foutu technologie impolie), notre homme eut un trou noir et revint à lui lorsque son antivirus refit surface pour le prévenir que sa foutue base virale vps avait été mise à jour.

Il se rappela qu'à la fin de la conversation, son interlocuteur avait annoncé que les salariés continueraient à ếtre payé pendant toute la durée du confinement. Raphael se retrouvait donc chez lui, sans avoir à travailler, en étant payé.

Cela ne lui était jamais arrivé et il décida que, puisque le monde de la micro-fibre l'avait trahi, il allait se lâcher, vivre. Tout en se débarrassant de sa cravatte et de son pantalon bien trop moulé (le monde de la micro-fibre est avant tout une histoire de paquet), il appuya sur le bouton play de son poste radio/cassette, vieille antiquité de son adolescence, qu'il n'avait pris la peine de jeter pour s'offrir un poste flambant neuf. Il avait totalement oublié, en entendant les premières notes du morceau, qu'étant ados il adorait par-dessus tout la bonne vieille musique française. Un bon Sardou, disait-il à l'époque, ça te regonfle ta France et tu as la barre toute la journée.

Libéré, il voguait paisiblement (traduction de l'auteur: en slip/marcel) sur une vie douce et voluptueuse, le changement était radical, sûrement dût par ce discours de son supérieur hiérarchique (qui, ce dernier, avait déjà évolué et gérait dorénavant l'import/export, la fabrication à bas coût, et la vente à emporter de PQ, non micro-fibre pour le moment.), discours libérateur, une délivrance pour notre homme qui se redécouvrait au fil des jours.

Un an plus tard, Raphael avait disparu des radars, parti un bon matin avec un sac à dos, une paire de santiags et un atlas michelin 1979 sur les routes de France. Partir à l'aventure, nettoyer son passé et vivre enfin.

Il fut retrouvé dans un sous-bois des mois plus tard, un hérisson dans la bouche et un post-it jaune sur le front : “Marie, t'es qu'une c****“

Encore une victime de cette belle année 2020, trop de pression, pas assez d'exutoire. Mieux vaut serviette gardé, que liberté radicalisée.

Bonsoir.

L'homme aux trois lettres m'a quelque peu mis dans une profonde m**de avec son album sorti du fin fond d'un département où deux rivières se côtoient sans jamais se voir.

Encore un bon album bien entendu, singulier même tant il surprend. La voix de Tony Hymas est surprenante, difficile à appréhender au début puis, au fil des minutes, la magie opère. L'instru est bien travaillé, mélangeant subtilement la tradition des peuples amérindiens et les codes de notre époque. Une bien belle écoute.

Il fallait alors trouver quelque chose à renvoyer aux oreilles du vieux jnb, toujours plus avides de sons, en pleine fringale musicale.

Bon, bon, bon. Mon pépère, là, il va falloir réfléchir. J'ai bien un sublime album de cor de chasse où les gars jouent aussi bien qu'ils sont torchés. Un bijou de musicalité, venant te chatouiller les oreilles comme aucune autre forme de musique(?) peut le faire. J'ai également un bel album sans aucun son (bon c'est vrai, je ne l'ai pas mais, cela existe et le groupe avait à l'origine produit cela pour le balancer sur les plateformes de streaming afin de récolter de l'argent. Écouter du silence en boucle, ça rapporte de nos jours.)

Et, puisqu'on est dans la musique non occidentale, je ne peux m'empêcher de partir vers l'Orient. Étant encore dans une phase de découverte je n'ai que peu de cordes à mon arc mais, je vais quand même tenter d'offrir l'album Quieter Than Silence de Mehdi Aminian & Mohamad Zatari.

Que puis je dire de plus, à part s'installer confortablement, fermer les yeux et se laisser happer par ce petit rien que nous n'avons pas, nous les érudits occidentaux, dans notre conception musicale.

https://www.youtube.com/embed/tlJJZrriAVI

Et en bonus ce live (avec un santoor) : https://www.youtube.com/embed/Jg78tc5bWas

Bonne(s) écoute(s).

Jeudi matin, 9h, un café avalé, un feu brûlant lentement dans l'insert, amenant sa douce chaleur dans le foyer.

Je crois bien que deux mois ont dû s'écouler depuis ma dernière écoute d'un morceau de Dhafer Youssef, bien trop long comme séparation. Pourquoi se priver aussi longtemps des bonnes choses ?

En avant donc, avec Dance Of The Invisible Dervishes, live enregistré au Festival International de Carthage (dispo sur youtube).

Les frissons sont présents dès les premières secondes (non, pas les toutes premières, rien de bien intéressant dans le timbre de voix de la présentatrice, quoique, finalement, peut-être bien.). Et ce départ contrebasse-piano-batterie, venant envellopé la voix, la libérer de son fardeau pour aller explorer les vibrations de ce monde. Putain que ça me fait trembler de partout.

Et puis, après presque une demi-heure de plaisir arrive Sura (après 27 minutes).

Il y a des moments où tu te surprends, où des larmes coulent, peut-être depuis quelques minutes déjà, sans que tu les remarques quand, sans prévenir, ton corps frémit. Ton toi-intérieur t'informe qu'il réagit, qu'il vit, absorbant ces vibrations, décryptant leur résonnance en toi, libérant des ondes, des oscillations touchant quelque-chose en toi.

Il est intéressant de noter que lors des précédentes écoutes, je n'avais pas souvenirs de la puissance de ce morceau. Le bon son au bon moment je crois.

Le morceau parle du blasphème, kafartu, de la croyance en autre chose que Dieu.

Kafarteur je suis alors, assurément. Fermement croyant en la puissance des notes, des vibrations provoquant cette douce poésie, métamorphe, capable de traduire toutes les émotions, tous les maux, tous les plaisirs.

La musique orientale a ce côté poétique, cette puissance de transport d'émotions, d'histoire que la musique occidentale n'a jamais vraiment eu, beaucoup moins libre cette dernière, codifié à l'extrème. Peut-être est-ce dû à la possibilité de jouer avec les quarts de tons, peut-être est-ce possible que cet infime écart, absent naturellement dans la musique occidentale, puisse être la clé. Les émotions sont sûrement bien trop complexes, denses, pour se limite à une représentation ton/demi-ton, une représentation binaire finalement.

Il y a toujours des moments marquants dans la vie d'un mélomane, ces vibrations évocatrices venant se greffer dans ton cerveau pour te modeler, te construire ou déconstruire tes doutes, tes peines, tes questionnements.

Il y eut Dream Theater, Buckethead, Porcupine Tree, et maintenant Dhafer Youssef.

EDIT 21/02/2021: Et ce qu'il y a de bien, c'est que toutes les versions disponibles sur le net sont différentes, toutes te fillent la chair de poule. J'y retourne, avec un paquet de mouchoirs.

Bon ce Steve Hillage, bien rock, bien planant et bien technique également. Encore un régal pour les oreilles.

The Dervish Riff m'a scotché et le reste de ce Live Herald m'a emporté. Ce son rock marque tellement de part ses caractéristiques temporelles. On est tout de suite immergé dans cette époque folle ou l'innovation va de paire avec l'expérimentation.

En lisant ce pong de l'homme à trois lettres et à la jambe raide j'ai tout de suite accroché au souvenir ancré, à la simple note renvoyant à toute une histoire et c'est cela que je vais tenter d'exprimer ici.

Avec Crack the Sky je découvre Mastodon, les albums précédents sont un poil trop violemment insipide pour moi mais, celui-ci, au que celui-ci me procure toujours les mêmes frissons en bas de l'échine. (au milieu ainsi qu'en haut, on en parle que trop rarement mais, il est tout à fait plausible de pouvoir frissonner de la T9 ou encore de la C8. Plus haut c'est une autre histoire, un autre frisson, plus à même d'être provoqué par la vue d'un Pennywise par exemple.)

Donc nous sommes ici sur un souvenir ayant une localisation précise, 36° 29' 2.0334" N, 117° 7' 57.3285" W, précise lorsque l'on ne se trompe pas dans ses souvenirs et l'association du lieu, 37° 0' 15.283" N 110° 10' 24.523" W donc, gâcher la surprise du voyage serait un sacrilège, je vous laisse le soin d'aller admirer la vue.

Un souvenir, ancré/encré, une expérience unique ne pouvant être revécue, altérée, et c'est en ça qu'elle est belle cette expérience, ce cadeau. Une machine à souvenirs bien trop nombreux pour se les remémorer à 100% mais qui, de temps en temps, se rappellent à toi par la musique, la mélodie d'une voix, d'un instrument.

Je m'y revois encore, assis avec un café de 800000cl à ma gauche, probablement une casquette noir et blanche, une soeur à ma droite, un père devant moi et la beauté brute tout autour, une beauté hors du commun, ne semblant même pas terrienne et pourtant. Je revois ce long périple ou, comme un con, tu pourrais te dire que ce n'est que la même chose tout du long, qu'il y en a partout et qu'il faut être sacrément con pour apprécier ce truc. Peut-être mon bon connard, peut-être mais, en te calant Oblivion dans les oreilles le spectacle, déjà grandiose, prend une autre dimension. Si ton esprit s'ouvre aux sons, à la vue, alors tu pars, tu flottes dans cette bulle spatio-temporel qu'est ce siège de Chrysler Voyager. (validation requise par le patriarche, sûr qu'il y avait quatre roues et douze milles porte-goblets.)

Après nous être évadés pendant concept variable minutes, revenons à ce Crack the Sky. Attention monsieur jnb ça beugle un peu, j'insiste sur le un peu, sinon le gars me ressort sa carte joker Opeth – Blackwater Park et le p/o/i/ng est plié. Jeu, set, et match jnb, merci bonsoir, à vous les studios (et les français c'est les meilleurs d'abord).

Donc ouais, revenons à cet album qui, décidément, ne sera jamais abordé dans ce ping. Notez messieurs, mesdames que la virgule est un art, ici partagé entre un père et son fils, ce besoin de ne jamais clore, toujours aller plus loin, pourquoi, parce que (jeu, set et matche).

Donc ouais bis, Crack the Sky est un très bon album, hypnotique et terriblement jouissif pour qui aime un tantinet la complexité musicale. The Czar est un bijou, se propulsant dans vos muscles à partir de 4mn10, ne chercher pas à résister, votre tête oscille et tout va bien. Pour clôturer l'album le groupe pond un morceau de treize minutes, The Last Baron, là encore une synthèse des genres parfaitement maitrisée.

Bon voyage.

Ohhh ! Et puis si vous êtes toujours là, alors vous pouvez également pencher une oreille sur le morceau The Valley de Leprous, histoire de boucler la boucle.

https://musicbrainz.org/release/06cf81b5-0a37-4ea8-b1f3-8df03708a24c

Le paradoxe, cet amour fou que tu ne peux expliquer, qui n'est même pas rationnel, et pourtant...

https://musicbrainz.org/release/f5d72fc3-862a-4b56-9727-f08b41d0c228

Les légendes, un bien bel héritage pour l'humanité.

https://musicbrainz.org/release/65406f9c-ccfe-4e13-b021-690d72268bae

Le feu et la glace, la colère et la douceur, la gauche et la droite, le tout à la fois, subtilement.

https://musicbrainz.org/release/dd683d27-0539-35b1-a791-0507fd78e081