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Mythes et réalité d’un hosto plus très beau

Vaste sujet que le statut, navrant pour les gens en ayant besoin tout comme les soignants, de l’hôpital public dans notre cher pays. Partout en France les mêmes scènes. Des lits qui ferment, faute de médecins, infirmières, aide-soignantes, agents d’entretien, manip’ radio, etc. Des coins de France où l’on se retrouve à voyager pour se soigner, à ne pas se soigner faute de mieux.

Chez moi, des services entiers ont été réorganisés pour lutter contre le manque de personnel. Triste constat pour un métier passionnant, vital, essentiel. On se retrouve avec des hôpitaux en demi-teintes, à moitié vides, tristes.

En EHPAD c’est la même chose, je crois bien - de mémoire - que de l’année 2022 seulement une poignée et encore, une petite, de semaines fut vécue loin du spectre des arrêts de travail, du sous-effectif.

Quand on demande le pourquoi du manque de personnel, on nous répond pêle-mêle que les jeunes d’aujourd’hui sont fainéants, qu’il faut bien accepter de se sacrifier pour ce métier, que les gens partent pour d’autres horizons, qu’il n’y a pas assez de budget. Prenons le temps de regarder ces arguments.

Les jeunes, ces fainéants

Celui-ci, c’est un classique, un intemporel.

À mon époque, c’était mieux, on était mieux…

Mouais, un peu facile non ? Je me rappelle bien d’une époque où dans les mouroirs on douchait les gens à la chaine, où on forçait à manger. Aujourd’hui les mentalités ont, il me semble, un peu évolué. Et je comprends qu’un nouvel arrivant, vivant devons nous le rappeler, dans un monde hostile où l’insouciance à laisser place à l’éco-anxiété, avec en toile de fond la guerre et l’inflation, puisse être dégouté de ce métier parfois s’il ne se voit pas offert un peu de formation pour appréhender la maladie des personnes qu’il a en soins ou bien même la possibilité d’apporter ces idées à la prise en soin général dans son service/établissement. Ce nouvel arrivant qui, il y a quelques années aurait été formé par ses collègues, arrive aujourd’hui dans son aile, seul, avec pour seuls compagnons un téléphone avec au bout une infirmière pour tout le service/EHPAD et une feuille résumant tout ce qu’il y a à faire.

Se sacrifier

Alors là deux choses viennent s’entrechoquer.

D’un côté on joue sur ce rôle de bonne-soeur de la santé. On a besoin de toi - les aléas ça arrive, je suis ok avec ça - donc viens, sinon tu mets tes collègues dans la mouise.
Culpabilité OK, ça c’est fait. Merci.
Il me semble qu’il fut un temps où effectivement revenir était sans que ce soit écrit un essentiel du métier. Soit dit en passant quand on regarde les heures supplémentaires, les jours de repos non-pris cumulés sur l’année dans le monde de la santé, le sacrifice est bel et bien, quoi qu’on en dise, toujours là. Il fut un temps donc où l’on revenait facilement mais, là où réside la différence, c’est qu’à l’époque on revenait et on ne se retrouvait pas tout seul en charge de quinze personnes.

Les Loups étant passés par là, maintenant le ratio personnel/patient-résident est ridicule et donc revenir pour quoi ? Pour se fatiguer encore plus, pour ne pas pouvoir pleinement travailler, pour forcer et être cassé des mois après ?

Et puis voyant ce refus - l’arrogance n’aimant pas le refus - grandissant les Loups ont pondu des plateformes d’auto-remplacement imitant les systèmes d’intérimaires. Sauf qu’ici c’est un sacrifice rémunéré, parfois bien trop pour faire oublier qu’on fleurte avec la légalité en matière de repos hebdomadaires, d’amplitude horaire. Un système où l’on joue implicitement sur la pauvreté des gens, et ça c’est ignoble.

Les soignants partent

Il y en a certes, il y en a toujours eu. Le problème ici est présenté à l’envers - les Loups n’aiment pas trop se regarder dans le miroir - et il est juste de retourner la phrase.

On ne garde pas les soignants

Voilà, c’est mieux. Les politiques de santé successives n’oeuvrent pas pour garder ses soignants. On ne titularise presque plus, les CDD sont étendus sur des périodes se comptant en mois voir années. Le salaire, car l’argent est hier comme aujourd’hui le nerf de la guerre, est risible surtout pour les infirmières quand on voit les années études, la charge de travail et les responsabilités…

Et donc ?

Et donc que faire lorsqu’on n’a pas l’âme d’un guérillero ? D’un monteur de barricade ?

On joue avec leurs armes et tel Ulysse, on se faufile au sein du troupeau, à couvert.

Une promesse de postes suite au Covid et aux pseudo-plans de relance et de soutien ? On lâche rien, deux ans plus tard les postes sont là et les patients/résidents en profitent.

On essaie de former les petits nouveaux, de leur apprendre la résistance douce, l’art du gris. Rester dans les clous tout en mordant un peu la ligne. On dérange légèrement mais régulièrement pour obtenir ce que l’on veut.

Et puis on essaie également de jouer avec leurs armes, même si ces dernières sont absurdes. La cotation de la charge de travail par exemple doit être finement comprise pour tirer le maximum du système. Cette partie ne peut-être assurer que par une poussée par la base, poussée qui tend à être décourager par le dessus de la pyramide ou pire.

La résistance se traduit sous deux formes. À l’extérieur il faut barrer la route, contester. De l’intérieur - les Loups n’aimant pas tellement être chahuter frontalement, réagissant souvent bien trop violemment - il faut discuter, proposer, essayer de réformer pour adoucir au maximum les angles.

Bien sûre la maigre brebis ne fait que résister aux aspirants Loups. Les Alphas eux, sont bien au chaud sur une peau de bête.

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