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Atlas d’Iomadach - Les Yyst

Identification: FINU-3928X
Type: Rapport d’exploration Rédacteur: Munaad Olipm
Sujet: Découverte du Grand Nord et du peuple Yyst
Localisation: Sommet de la chaine du Grand Nord Confidentialité: Élevée

J+0. Parti ce matin du Haut Kav, le temps est sec et l’air empli d’une chaleur étrangement supportable. Je remonte par la Grande Ligne, m’arrêtant au terminus septentrional.

J+4. Après un long périple à travers la Grande Terre j’aperçois enfin au loin la zone identifiée comme étant la cible de ma mission.
Des montagnes de moyenne altitude semblent me montrer que derrière ces dernières une page blanche de l’histoire pourrait enfin s’offrir au monde. Des terres que personne ici n’a jamais foulé.

J+7. Le temps est un concept abstrait au Nord du Innluunach, j’avais pourtant bien préparé mon expédition en veillant à lire tout ce que le grand Librarium possédait de connaissance sur ce phénomène.
Là où mes calculs et observations indiquait une marche à allure moyenne sur une bonne journée pour atteindre les montagnes, j’en suis à trois jours pleins sans pour autant observer une nette progression vers la cible.

L’Innluunach est un parallèle d’Iomadach situé dans le tiers Nord de la planète. La légende raconte qu’il marque l’entrée dans une partie du monde au propriétés étranges. Des zones non explorées pour le moment ou, dont les explorateurs ne sont jamais revenus.

J+9. La fatigue gagne le combat, je n’y arrive plus. Je marche parfois en me persuadant que je recule tellement il est difficile de mettre un pied devant l’autre. La nuit tombante je m’abrite dans un bosquet, y dresse mon campement de fortune et part chercher du bois.
Chaque geste me demande une concentration incroyable, je n’arrive même plus à anticiper les actions prochaines. Une fois devant le feu je retrouve un semblant de vitalité, les quelques graines restantes sont cuites et avalées en moins de deux. Je m’endors sans même m’en rendre compte.

Réveillé en pleine nuit, aucun bruit excepté les animaux cachés dans végétation, observant cet intrus que je suis. Aucun bruit et pourtant, quelque chose me dérange. Je me lève prudemment pour faire un tour rapide des environs. Rien de probant, mais toujours cette sensation désagréable.

En levant la tête je remarque que les étoiles se déplacent à vue d’oeil, cependant le mouvement n’est pas fluide, une succession de saccades. Des aurores apparaissent ici et là et, alors que j’écris ces lignes je n’arrive plus à dire si l’écriture est elle aussi fluide ou si je suis en train de gribouiller frénétiquement sur mon carnet.

J+10. Je me réveille brusquement, le carnet tombe près de moi. J’essuie le filet de bave qui commence à pendre de ma joue gauche et je me lève.
Le bosquet a disparu, je suis adossé à un arbre mort, au pied des montagnes. J’y suis et pourtant, je n’ai pas souvenir d’avoir marché jusqu’ici. J’ai l’impression d’avoir retrouvé une forme équivalente à mon tout début de périple.

Près de moi se trouve un sentier, sinuant dans les montagnes. En plissant les yeux je me persuade même de le voir traverser le sommet. Je remballe mes affaires et j’attaque l’ascension.

Par-delà les montagnes j’aperçois enfin ce pourquoi j’étais venu, des dizaines de petits villages s’offrent à moi dans la vallée, construits principalement en bois avec des toits de chaume. Les structures ne me paraissent pas trop évoluées, elles me rappellent les vieilles fermes que l’on peut trouver dans les contrées paysannes du Haut Kav. Les chemins sont en terre, la végétation est foisonnante et plutôt surprenante dans des contrées du Nord.
Il ne fait pas bien chaud, mes calculs démontrent que nous sommes ici dans un hiver assez rude et pourtant des fleurs bordent les chemins, offrant aux marcheurs des dizaines de formes et couleurs différentes. Dans les petits champs que je peux observer des légumes poussent par centaines, les méthodes de culture ne ressemblent pas à ce que je connais pour le moment, mais force est de constater qu’elles fonctionnent.
Dans le Haut Kav, en période d’hivers, rien ne peut être cultivé dehors excepté quelques plantes utiles à la préparation de boissons chaudes.

En descendant vers les villages je remarque une grande tour en pierre surplombant la vallée, elle se trouve de l’autre côté sur une colline étrangement vide de vie.
Les premiers habitants m’accueillent comme si j’étais l’un des leurs depuis toujours. Pas de questions sur mes origines, les raisons de mon voyage. Ils semblent ne pas se préoccuper le moins du monde de mes motivations, trop occupés à réparer mes souliers abimés par le voyage, à me proposer des plats et des fruits en quantité.

J+11. Hier je me demandais alors que j’allai me coucher si cette hospitalité si naïve n’était pas simplement de la pure politesse. Voyant un voyageur, qui rien que ça doit être un évènement peu banal, arrivé dans un état pitoyable les Yyst doivent d’abord s’assurer que le visiteur survive la nuit et reprenne des forces avant de débuter le moindre interrogatoire. Naturellement en ce début de onzième jour de voyage, il n’en est rien. Les habitants me saluent et continuent leurs activités alors que je passe le pas de la porte. Certains sont afféré à reconstruire une sorte de moulin dans le ciel, d’autres déroule alors un câble vers le fournil le plus proche. Dès lors que le moulin du ciel se met à tourner les flammes jaillissent dans le fournil, une bonne odeur de pain chaud se dégage aux alentours et derrière moi, dans le foyer où j’avais passé la nuit, je ressens une douce chaleur me caresser le dos. Prodigieux.
Dans le Haut Kav, pour se chauffer ou cuire des aliments nous sommes obligés d’aller couper du bois ou, pour les plus téméraires, de descendre sous la terre pour y récolter du charbon. En général nous imposons ces tâches ingrates aux prisonniers et aux dérangeants.

J+12. Les Yyst sont fascinants, leur langage verbal n’est pas bien développé, le non-verbal est quasi inexistant et pourtant, ils semblent tous oeuvrer vers le même objectif. Il n’y a pour ainsi dire aucun accroc au bon déroulement de la vie. Les évènements s’enchainent avec une fluidité et une simplicité que rarement il m’a été donné d’observer dans ma vie. Fascinant.

J+15. J’essaie d’aider le mieux que je peux or je me rends compte qu’en me forçant à vouloir être comme eux, en réfléchissant pour agir comme eux j’en deviens ni plus ni moins qu’un boulet. Ce qui est fluide chez eux est complètement dénaturé pour moi. Je ne fais que les ralentir et pourtant, ils ne s’énervent pas, continuent de me sourire en me tapant l’épaule.

Il ne semble ne pas y avoir d’écrits non plus, aucuns livres dans les différents villages. Il est étrange d’observer une société qui ne parle que très peu, qui ne communique presque pas et qui ne lit ni n’écrit. On se demande s’il ne s’agirait pas ici d’une société pratiquant la télépathie. Je sais ce que vous allez penser en lisant ces mots, mais c’est mon ressenti actuel. Je sais que la télépathie n’est qu’une invention et pourtant…

J+34. Aujourd’hui, après avoir fait le tour de tous les villages, je me décide enfin à aller voir cette tour. Il est intéressant de noter qu’il s’agit de la seule construction en pierre, autrement ce n’est que du bois, de la terre et du chaume.
La colline est aride, on y ressent la chaleur et le manque d’eau du sol. Des craquelures se sont formés ici et là et rien ne pousse. Seule la tour se dresse ici, elle et rien d’autre.

Aucune porte ne bloque l’entrée, j’y pénètre alors, tenant mon couteau dans une main. Les murs sont nus, un escalier au centre. J’entame l’ascension. La tour doit faire une vingtaine de mètres de haut, la montée m’a semblé interminable.
Arrivé en haut, une salle s’offre à moi, les murs toujours nus. Au centre une stèle, sans fioritures. En m’approchant j’arrive à lire ces quelques lignes en Vieil Ioma.

Toi qui entre ici, tu es le premier et le dernier. Toute chose prend fin alors qu’une nouvelle débute. La curiosité est bâtarde.

Des enchainements classiques du Vieil Ioma, je n’arrive toujours pas à comprendre le moindre sens dans ces phrases. J’ai beau avoir passé des années à étudier le langage des premiers hommes je reste pantois devant ces textes.

J+57. L’existence est douce parmi les Yyst et pourtant je dois rebrousser chemin afin de faire mon rapport au conseil du Haut Kav. Les au revoirs n’ont pas pris beaucoup de temps, les Yyst me saluent puis reprennent leurs activités comme si de rien n’était. Comme si je n’existais plus, que je n’avais jamais existé.

J’arrive au sommet qui quelques jours auparavant avait été ma porte d’entrée dans ce monde si différent du mien. Je regarde une dernière fois la vallée. Les Yyst sont toujours occupés, semblent ne pas se soucier d’autre chose que leurs activités. Le ciel s’assombrit tout d’un coup, des éclairs jaillissent, déchire la voute céleste dans des bruits assourdissants. Il n’y a pas de vents, pas de pluies, juste des éclairs et la tour au loin, la tour qui

Conclusion du conseil:
Les Yyst sont certainement les premiers peuples d’Iomadach, dans leur forme peu évolué.
Nous, habitants du monde, sommes leurs héritiers. Nous avons bravé la curiosité et nous sommes libérés de cette vie sans artifices.
La Tour semble symboliser les limites de la curiosité, celle qui profitera plus à l’individuel qu’au peuple.
Lorsqu’un individu pénètre dans la tour, lit les mots sur la stèle il se réveille et souhaite alors explorer le monde, repartir de la vallée. Dès qu’il franchit le sommet des montagnes, s’ouvrant alors sur le Grand Continent tout s’éteint. Lui en premier, les Yyst quant à eux oublient simplement tout idée de l’individu maintenant disparu. Ils continuent à vivre comme ils l’ont toujours fait, comme ils le feront toujours.

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