jnb

Tranches de vie. Robert. La suite.

-Salut. -Salut.

Bien souvent, non, quasiment à chaque fois, cela constituait la moitié de leurs échanges verbaux. L'autre moitié disait :

-Bon, ben salut. -Ouaip, salut.

Il arrivait tranquillement, grande carcasse décharnée tellement silencieux dans ses déplacements que ça aurait pu être inquiétant, mais Robert était habitué, enfin avec le temps il s 'était habitué, car les premières fois il était quand même un peu déstabilisé par ce type qui se déplaçait la plupart du temps vêtu de sa seule toison de poils roux, sans un bruit, comme si ses pieds effleuraient juste le sol.

Grâce à son matériel de surveillance ça faisait longtemps qu'il l'avait repéré. Mais il ne le voyait jamais avec ses propres yeux. Juste avec ses yeux électroniques. Un ensemble de pixels qui traversaient l'écran. Puis vint l'époque où il regardait les objectifs des caméras droit dans les yeux, avec étonnement, interrogation. Ensuite ce fut avec un demi sourire semblant dire « Hey, vu, je t'ai repérée... »

Petit à petit il avait découvert chacun des yeux qui permettaient à Robert de surveiller le lac. Quand il avait trouvé le dernier des yeux, il s'était désintéressé d'eux, se contentant de passer devant le champ de vision sans leur jeter le moindre regard. Parfois un petit geste de la main, mais rien de plus. Robert fut un peu déçu. Il n'avait pas anticipé ce qui se passerait une fois le dernier espion démasqué. Il pensait, espérait, que ce jeu durerait toujours. Robert savait pourtant que les choses ne durent pas, que tout change, et qu’il est quasiment impossible d’imaginer ce qui va succéder à ces changements.

C'était quand même une idée qui effleurait de temps en temps sa conscience, remontant des profondeurs de son inconscient comme la Bête, non, SA Bête, était remontée des profondeurs du lac pour aller bouffer ces pauvres corps empalés sur une tringle à rideaux... Que ferait-il une fois la bête découverte ? Que deviendrait sa vie ? Certes, on le regarderait différemment, on arrêterait peut-être de le prendre pour un illuminé. Peut-être, c'était pas certain, car toute communauté a besoin d'un illuminé chargé d'alimenter les conversations, les commérages, les ragots. Un illuminé qui servait de réceptacle à plein d'idées sordides sorties du cerveau des gens normaux. L'illuminé était une poubelle dans laquelle on venait déverser son trop plein d’idées pourries, fétides, malodorantes...

Et puis un jour il était apparu en chair et en os, enfin peu de chair et beaucoup d'os, sur le sentier tracé par les innombrables allées et venues de Robert. Il était venu s’asseoir à côté d'un Robert médusé, muet comme une carpe, et il avait dit : -Salut. Alors Robert avait répondu : -Salut.

Et tout à coup Robert ne se sentit plus seul. Dix secondes plus tôt, Robert n’avait pas conscience de toute cette solitude qui l'entourait, son esprit était entièrement tourné vers la traque de sa Bête depuis tant de jours qu'il avait oublié qu'il était seul. Seul au milieu de ses collègues, seul au milieu de ses voisins, seul au milieu des autres voitures qui transportaient des personnes souvent seules, seul quand il faisait ses courses, seul tout le temps en fait.

Mais là il n'était plus seul. Quelqu'un était assis à côté de lui. Sans un seul mot échangé. Sans un regard. Mais Robert se sentait incroyablement vivant. Du fond de son ventre à sa gorge, tout était différent. Une sensation de plénitude qui remplaçait non pas une sensation de vide, non, qui remplaçait plutôt une absence de sensations. Qui remplaçait le Rien qui le remplissait de sa vacuité. Des images confuses, des souvenirs flous de sensations identiques le transportèrent jusqu'au merveilleux pays de la petite enfance, une période à laquelle les souvenirs n'ont pas accès.

Robert se sentait bien. Il n'y avait qu'un truc qui le gênait : une subite et énorme envie de pisser. Robert, sans un mot se leva, fit quelques mètres, et alla pisser contre un arbre. Le plus dru, le plus long jet de sa vie. Il avait l'impression que ça ne s’arrêterait jamais, mais bien sûr sa vessie finit par se vider. Alors Robert alla se rasseoir, toujours sans un mot. Et ne tarda pas à se relever, la vessie encore pleine, comme si sa vidange précédente n'avait pas eu lieu. Et une nouvelle fois l'opération lui paru durer un temps interminable. Quatre fois comme ça il dû se relever et aller s'épancher le long du même arbre. L'émotion sans doute... L'arbre en avait marre de voir tant d'urine se déverser sur lui, urine bien claire d'accord, mais urine quand même. Et puis il n'était pas un arbre urbain habitué des jets citadins, non, lui il était un arbre de forêt, et jamais personne n'était venu se répandre sur lui. Bien évidemment il n'était pas innocent au point de ne rien savoir de cette relation particulière qui unit les arbres et les humains, enfin les humains de sexe masculin, bien que parfois quelques spécimens féminins aient le même comportement, bref, il avait entendu parler de cela, de la bouche des vieux arbres qui entretenaient les légendes, les faisaient voyager de branche en branche, au sommet de la canopée comme au niveau des premières branches des glandus de quelques années, c'est comme ça qu'on appelait les petits chênes dans le milieu sylvestre, bref il n'était pas ignorant des choses de la vie, mais quand même, lui pisser dessus autant que cela...

Entre deux passages aux pissotières ils étaient assis l'un à côté de l'autre, chacun regardant le lac, silencieusement, pendant que le vent faisait chanter les branches, transportant les vieilles légendes de la foret, d'un arbre à l'autre, de rameau en rameau, de feuille en feuille, de glandu en glandu...

De nombreuse fois ils s'étaient retrouvés ainsi, silencieusement. Il arrivait, il y avait un échange de « -Salut », « -Salut » et le silence s'installait, mais Robert se sentait alors bien, complet, vivant, et continuait de viser le pauvre arbre. Un chêne d'une petite centaine d'année, un adolescent à l’échelle des chênes... Et quel adolescent se laisserait pisser dessus sans réagir ? Mais dans le monde des chênes on est plutôt pacifique, alors le chêne ado laissa tomber ses projets de vengeance où il était question de justement laisser tomber une branche morte sur la tête de l'irrespectueux.

Il fallu plusieurs moi avant que leurs échanges verbaux s'étoffent un peu. Ce qui laissa Robert sans réaction. Bouche bée. Littéralement. Bouche béante, lèvre inférieure tombante, comme privée de vie tout à coup. Ce ne fut pas le fait d'entendre sa voix caverneuse qui le statufia. C'est le contenu. Les mots qui disaient : - Toi aussi tu l'a vue ? Ouais...bien sûr que tu l'as vue...

Et le chêne fut bien surpris d'apprendre qu'un second humain était au courant de l'existence de la Bête...

Pong Musical – The Dave Matthews Band – The Central Park Concert (2003)

Rush !!! Bon, je crois, non je suis certain, avoir déjà parlé de ma cécité adolescente. Quoi ? Passer à côté de Rush !!! Le gars à la tartine miellée dans son bain doit aimer retourner la plaie autour du couteau, doit avoir un message à me faire passer, du genre : « Tu vois mon vieux, j'ai tué le père. Tu n'es plus pour moi cet être hors du commun, tu n'es plus ce personnage musicalement omniscient, capable de reconnaître n'importe lequel de ses albums (enfin presque ) en quelques secondes... Tu n'es qu'un loser fan du loner passé à côté de Rush... » .

Bon, c'est vrai, je confesse devant les Dieux de la Musique avoir commis un très très grand péché. Je n'ai pas assez cherché dans les bacs des disquaires... Ou alors le mec de la Rue de la porte de Paris avait oublié de commander les albums sur la page R du catalogue. Ou alors la page avait été arrachée par son gamin qui était peu respectueux de la chose écrite.. Qui, forcément, était devenu un délinquant. Parce que c'est bien connu : Qui déchire la page des R, finit dans le système bancaire (donc un peu/beaucoup délinquant...). Bref, c'est peut-être pas de ma faute...

Je vous ai déjà dit que tout était lié ? Oui ? Bon, ben je vais recommencer... Mais d'abord faut que je vous parle un peu de cet album : et bien voilà plus de deux heures et demie bien remplies de notes, de riffs bien gras, de basse agile et de batterie lourde et légère à la fois. Grosse caisse et caisse claire qui pilonnent, cymbales où se posent des papillons qui les font doucement vibrer. Puissant et mélodies sympas. Il n'y a qu'un truc qui me chagrine : la voix de Geddy Lee qui agace mes neurones musicaux. Parfois un peu juste, parfois à la peine. Mais les copains Alex et Neil compensent, d'autant plus que le jeu de Basse est du même niveau. Juste la voix qui m'irrite un peu..

Mais Rush c'est pour moi Un titre : Limelight. Entendu et réentendu sur Morow, The Progressive Rock Radio. Parce que le Baigneur m'avait fait découvrir les joies de l'ère numérique : la radio en ligne. Et puis comme c'est un petit futé il avait même dégoté un petit programme pour extraire et enregistrer tous les morceaux qui sortaient de ce robinet grand ouvert. Balaise le fiston. Je crois qu'il s'est forgé un grande culture musicale, essentiellement progressive comme le proclamait la copine Morow. De temps en temps un titre de mon époque... Du Genesis, King Crimson, Pink Floyd... Mais aussi Steven Wilson, Riverside, Transatlantic, The Tangent, Frost....

Ma radio à moi, c'était un radio cassette Philips, avec façade en joli plastique imitation bois. Et un radio cassette, ce qui est bien c'est que ça enregistre la radio. Un jour j'ai enregistré un type inconnu dans « Stop ou Encore ». Une émission pleine de pub où le public appelait pour dire Stop ou Encore à un artiste. Tu entendais donc de une à cinq chansons. C'était le soir. Quand la ménagère de 50 ans se pose devant la télé. Et là j'ai entendu (et enregistré) « Don't Cry, No Tears », « Pardon My Heart », « Stupid Girl », « Drive Back » et « Through My Sails ». Les auditeurs avaient dit Encore !! Je venais de tomber dans le monde du Loner en cinq morceaux. « Zuma ». J'ai écouté et écouté ces cinq morceaux jusqu'à ce que je puisse m'acheter « Zuma ». En ces temps disonauresques le temps entre le désir et le plaisir pouvait être assez long. Ce qui n'était pas si mal que ça en fait.

Donc tout est lié. Si si. C'est d'ailleurs le postulat et la règle de ce jeu du Ping-Pong. Quand j'ai écouté cet album, long, très long concert plein d'énergie, qui visiblement enthousiasme la foule présente, j'ai pensé à un autre concert ayant aussi nécessité 3 CD pour le retranscrire, là aussi enthousiasmant. Les deux longues intros participent de la même façon de faire monter le désir avant de lâcher les chevaux. On est pourtant dans deux univers différents, Progressif d'un côté, Rock-Folk de l'autre, mais l'exigence musicale est la même. Je parle pas de la qualité des musiciens : Carter Beaufort et Neil Peart ont dû voir la même fée se pencher sur leur berceau. Pas de guitare électrique, mais un violon. Un clavier qui soutient bien caché derrière. Bassiste au gros son, technique proche du Jazz parfois, des cuivres bien chaleureux, et une voix bien éraillée chez le gars Dave Matthews qui mouille rapidement le maillot tellement il donne tout sur chaque morceau.

J'ai rencontré le gars Dave grâce à un Dvd de Carlos Santana, Supernatural Live, Dvd qui avait chez les enfants autant de succès que les Télétubbies. Et perso je préférait entendre ce Dvd que les Casimirs Anglais. Doivent être coincés chez eux maintenant... Comme quoi le Brexit a du bon. Et je suis tombé amoureux de sa voix. Alors j'ai fouillé un peu, cherché, pour en savoir un peu plus . Et je suis tombé sur une vidéo où le groupe reprend « Cortez The Killer », morceau phare de « Zuma », avec un invité à la guitare : Warren Haynes. Warren Haynes !! L’excellent guitariste de l'ABB, que les américanophiles connaissent bien, groupe qu'il ne faut pas confondre avec ABBA, que les suèdophiles connaissent bien, mais les fans de l'ABB sont rarement des fans d'ABBA.

Bref, un morceau de Neil Young repris par Dave Matthews, avec Warren Haynes à la guitare ? Je n'ai pas besoin de beaucoup réfléchir, je me précipite pour écouter. Et ça le fait. Pourtant, j'avoue, je suis plutôt du genre gardien du temple, attention, on respecte les morceaux du Loner, on ne les transforme pas tant ils sont parfaits, on les interprète avec respect, on est précautionneux, on ne les abîme pas. L'archétype du vieux con... Et puis ensuite, alors que je suis encore plein d'endorphines, l'IA de Youtube me propose Two Step. Que celui qui n'aime pas sorte de cette pièce tout de suite. Je sais bien que je suis tout seul devant mon ordi, c'est juste une façon de parler, une façon de montrer mon mépris pour ceux qui resteraient de marbre devant ces 19 minutes orgasmiques. Qui dégoulinent de partout du plaisir de jouer ensemble. Je crois que je me suis repassé le morceau au moins trois fois. Quand on attaque la montée avec le piano, la basse t'a déjà légèrement vrillé la tête, la batterie vient se mêler à la fête, parce que c'est bien de fête qu'il s'agit, une explosion de couleurs, de mouvements plus gracieux les uns que les autres, une parade amoureuse entre instruments, ça s'apaise, et la batterie se la joue à la Neil Peart, et pour la fin on a droit à une jolie explosion de rythmes bien entrelacés, le groupe ne pouvait pas faire moins. Et l'explosion du public se comprend bien... Alors j'ai écouté l'album, et je recommence souvent. Parce que j'aime me faire du bien.

Tout est lié... La radio Morow a apporté Rush dans le jardin musical du gars qui s'intéressait déjà à la musique et à la politique en maternelle, bon faudrait quand même lui demander si sa première écoute de Rush vient de là. La radio m'a apporté le Loner, et de fil en aiguille le Dave Mattews Band. La radio du grand m'a apporté Rush. Mon radio cassette Philips va lui apporter le Dave Matthews Band.

Mais bon, je parle je parle, je vous retarde : il est temps pour vous d'aller vous faire plaisir. Bonne écoute.

Pong Musical – Sting and The Blue Turtles – Bring On The Night

Ouhhh là là... Frank Zappa Himself... Si ça c'est pas un truc à me déstabiliser... Quand l'homme au pansement frontal m'a Pingué ça, je me suis dit « Oh là là (oui, je sais, je me répète ; mais on n'est pas dans un concours littéraire...) (Quoique précédemment c'était Ouh là là et là c'est Oh là là , donc techniquement y'a pas répétition...), Zappa... Moi j'ai un vinyle qui se nomme « One Size Fits All ». Bien. Juin 75. Très bon album, dense, du Jazz-Rock, plutôt du Rock-Jazz à mon sens. Des ruptures de rythmes qui changent toute les cinq mesures. Un premier morceau, « Inca Roads », dont le solo a été enregistré live à Helsinki, puis qui a été injecté en studio dans le morceau. Des pointures derrière lui. Mais le Furventesque m'a un jour conseille d'écouter Sheik Yerbouti, qui ne m'a pas plu. Trop dense, trop touffu, trop dans tous les sens. Le truc qui m'a toujours plu dans cet album, par contre, c'est la pochette. Important les pochettes, important.

Mais Over-Nite Sensation est un album qui m'a bien régalé. La proximité du son, de la période avec « One Size Fitts » ? Sans aucun doute.

Zappa ? Un mec aussi doué pour savoir s'entourer que Miles Davis. Sur ces deux albums tu trouves, dans le désordre, un type aux claviers qui a joué avec Miles Davis, entre autres, un bassiste copain d'enregistrement de Jean-Luc Ponty, violoniste Français, et oui madame, un Chester Thompson, roi des baguettes, que j'ai personnellement myself vu jouer avec Genesis en 1978, son solo de batterie en duo (?) avec Phil Collins a été un grand moment...

Et il y un autre gars qui a fait le coup du « je prends des très très bons et ça devrait le faire ». Sting, pour son premier album solo après Police, s'est entouré de très très bons, des mecs qui ont un CV long comme un kilo de spaghetti mis bouts à bouts... Je sais personne ne ferait ça, surtout pas Mr Félix, c'est juste une image pour vous aider à imaginer le pedigree des musiciens. Le résultat c'est un album studio, « The Dream Of The Blue Turtles », que personne n'attendait. Puis les gars se sont dit, « Bon, c'est bien joli un petit album studio, mais si on se faisait une petite tournée ensemble ? » . Le gars Sting, pas très à l'écoute parfois,mais pas pingre, a remis une tournée de rosé vu qu'ils étaient justement en train de fêter la fin de l'enregistrement au célèbre Bar des Sports de Jean-François. Bon, là je suis pas certain de l'anecdote, mes sources sont un peu foireuses, mais ça aurait peut-être pu se passer comme ça... Bref, le groupe est parti en tournée. Et c'est le Live de cette tournée que je propose à vos oreilles avides, mais sans doute bien souvent remplies de douces notes. Et d'un peu de cérumen à l'occasion.

Ça commence par un petit arpège, grosse caisse/charleston et la voix, nasalement feutrée, bien connue, qui tient la note sans aucun vibrato. Et moi j'aime pas trop le vibrato. Sauf chez Neil Young. Je sais, je suis un homme de contradictions... Mais revenons à ce premier morceau, ça groove rapidement, c'est joyeux, on sent que le piano a envie de partir gambader, et ça tombe bien, parce qu'à un moment il saute par dessus la clôture aux environ de 4mn30 pour que vous visualisiez bien l'endroit où la clôture s'est retrouvée survolée par un piano bien dodu et qui est parti folâtrer comme un malade dans les hautes herbes vertes. Et là on se dit qu'on se retrouve en face de sacrés bons clients, parce que la basse et le piano ne sont pas non plus mauvais .., et puis un petit passage où ça rappe, merci Mr Marsalis..

« Consider Me Gone » : Clavier, basse et batterie tissent un petit rythme qui pousse ton pied, ou au moins un de tes doigts, à tapoter nonchalamment. La fin n'est pas mal non plus. Les cuivres de Mr Marsalis commencent à squatter une partie de ton cerveau...

« Low Life » commence assez faiblement, et se réveille agréablement pour en fait donner un morceau tout à fait correct.

« We Work The Black Seam », ou comment faire pour garder les oreilles ouverte grâce à un enchaînement de courtes parties bien différenciées.

« Driven To Tears » débute avec une batterie qui invite le public à frapper des mains en rythme, d'ailleurs c'est tellement bien fait que le public frappe dans ses mains, à peu près en rythme ?, faut pas oublier qu'on est à Paris, une fois encore les instruments dansent ensemble, fausse fin, puis reprise dont on aurait tort de se priver. Arrivé à ce point du disque on arrête de se creuser la tête pour savoir qui est le meilleur des musiciens présents sur scène.

« The Dream Of The Blue Turtle/Demolition Man » : ben on a la réponse : le meilleur est …...le groupe.

« One World (Not Three)/ Love Is The Seventh Wave » montre ce qu'on peut faire avec des voix quand on ne s'appelle pas jnb. L’ambiance reggae est bien sympa, la basse bien ronde comme il sied, la batterie déborde de contre-temps comme il sied itou. Et les fesses bougent, où à tout le moins frémissent.

« Moon Over Bourbon Street » Une contrebasse, une voix, une charley, puis un clavier, et un sax magique donnent un morceau culte. Qui le mérite.

« I Burn For You » est le genre de morceau envoûtant dont les basses et la batterie sur l'outro me filent des frissons à chaque écoute.

« Another Day » Le son de la grosse caisse pendant l'intro me scotche à tous les coups. Une fois de plus le groupe est un régal pour les oreilles. Le piano introduit bien tout ça.

« Children Crusade » offre encore une fois un terrain de jeux formidable pour le sax de Mr Brandford. Le groupe se démène pour le pousser le plus loin possible, et il relève le défi le ch'ti gars, il tutoie les Dieux, ouvre une porte sur le paradis musical.

« Down So Long » Une fois de plus le Swing, le Groove, appelez ça comme vous voulez suinte de partout. L'approche Jazz sur un Blues est magique. Banalité...

« Tea In The Sahara » Envoûtant, comme un conte des mille et une nuits, de longs passages avec peu de notes, des instruments discrets, on joue avec le silence, et c’est sacrément agréable...

Bonne écoute.

Tranches de vie. Robert.

Le lac... S'il y avait quelqu'un qui le connaissait ce lac, c'était bien Robert. Ça faisait 34 ans qu'il y venait chaque jour. Le soir ou le matin, ça dépendait de son roulement à l'usine. Une semaine il voyait le jour se lever, une semaine il voyait le jour se coucher sur ce maudit lac. À force de faire le tour, il avait créé un sentier où l'herbe ne repoussait plus, où la terre était si tassée qu'on aurait dit un beau bitume tout neuf. La pluie ruisselait sans jamais transformer en boue cette piste qui courrait dans le bois autour de lac. Il y avait un endroit où les fesses de Robert avaient créé la même chose que ses pieds.

Très souvent Robert se demandait ce que sa vie aurait pu être sans cette maudite matinée de 1987. Il aurait continué ses virées du week-end avec ses copains d'enfance. Il aurait trouvé une copine, puis ils auraient vécu un peu ensemble, se seraient mariés, auraient fait construire une maison dans le nouveau lotissement, à côté de ses copains d'enfance. Ils se seraient donné des coups de main pour construire des garages, des ateliers, des clôtures, des poulaillers, se seraient échangé des plants de tomate, de courgette, auraient comparé leurs productions, auraient pesté contre les limaces (les loches), les escargots, lapins, pucerons et autres calamités, auraient changé des amortisseurs, auraient démonté des têtes de delco ensemble, auraient passé leur vie ensemble. Et puis il aurait eu des enfants. N'aurait pas trop su comment se comporter avec eux. Aurait résisté à l'envahissement des consoles, ordis et autres téléphones portables. Aurait été dépassé par toute cette technologie. Puis s'y serait mis. Comme tous les autres. Il n'était pas plus con que les autres.

Mais sa vie ne s'était pas déroulée comme ça. Tout ça à cause d'un matin brumeux de 1987.

Chaque jour il revoyait ce matin là. Chaque jour il retournait au lac pour enfin montrer aux autres qu'il n'était pas si con que ça, contrairement à ce que tout le monde croyait. Il savait très bien ce que les autres pensaient. Il le voyait dans leurs yeux. Et chaque jour il leur répondait, expliquait ce qui s'était réellement passé. Aussi fou que cela puisse paraître. Mais pour l'instant il leur répondait dans sa tête, il se répétait les phrases qu'un jour il leur dirait avec sa bouche et ses cordes vocales. Et pour pouvoir leur dire il lui fallait des preuves. Alors chaque jour il retournait au lac. Il était le seul à y aller. L'accès n'était pas facile. Il fallait marcher un long moment dans une forêt mal entretenue, les ronces déchiraient les vêtement, griffaient les mains, le visage, la mousse et l'humidité rendaient le sol glissant et certains passages étaient vraiment casse-gueule. Robert avait pris soin de changer chaque jour d'itinéraire, de ne surtout pas créer de sentier. Il voulait être seul autour de ce lac. Les autres n'avaient pas besoin de savoir ce qu'il y faisait. De toute façon, dans toute la région, personne n'avait envie d'aller voir ce lac. Surtout avec ce dingue de Robert qui y traînait chaque jour. À l'usine, dans le village, tout le monde évitait de le croiser. Il foutait les chocottes. Même sans savoir ce qu'il avait fait, il était glaçant, il mettait vraiment mal à l'aise, on ne comprenait pas ce qu'il marmonnait à longueur de journées.

Robert le savait, tirer sur des humains avec un fusil ce n'était pas bien. Même s'ils étaient déjà morts et empalés sur une tringle à rideau... . Deux coups. Pan !! Pan !! Moins d'une seconde entre les deux. Et tu avais beau dire que tu avais cru voir un ours ça ne changeait rien à l'affaire. Affaire qui bizarrement n'eut pas de conséquences judiciaires pour lui.. Tirer sur un mort ne semblait pas être trop grave en fait... Mais le mensonge de l'ours lui restait en travers de la gorge. C'était sorti comme ça, sa tête était complètement vide, et en réponse à une question le mensonge était sorti comme ça, sans même qu'il l'eut préparé, sans même s'en rendre compte, et comme tous les autres il avait été surpris. Mais comment revenir en arrière ? Pour passer pour un triple con vu qu'on le considérait visiblement déjà comme un con ? Alors il avait continué à mentir. C'est comme sur l'autoroute, une fois que tu y est entré il est très dangereux de faire demi-tour ou marche arrière. Alors tu continues en espérant que la prochaine sortie est proche. Mais Robert n'avait jamais trouvé cette sortie..

Quand Robert eut récupéré son fusil, il alla le mettre au râtelier en dessous de celui de son père. Qui était lui même en dessous de celui du grand-père de Robert. Il y avait une quatrième place sur le râtelier. Mais Robert savait qu'elle resterait éternellement vide. Il n'avait pas retouché à un fusil depuis. Parfois, mais toujours à l'automne, il revoyait son grand-père et son père graisser leur fusil, regarder le canon, une extrémité vers la lumière du plafond, l'autre extrémité collée à l’œil, l'autre œil étant fermé avec en prime un visage grimaçant, le passage de la brosse à l'intérieur, l'odeur de l'huile de protection, il la sentait comme si ils étaient dans la pièce, lui tout petit, eux sérieux, et puis la confection des cartouches, en carton s'il vous plaît, pas ces douilles en plastique qu'on trouvait dans les champs, jetées par ces nemrods du dimanche, un peu de poudre noire versée à la dosette, les amorces, les bourres, les plombs... La grande boîte contenant tout ces trésors étaient sur son armoire, il n'avait pas besoin de l'ouvrir pour tout sentir, pour tout ressentir... À la même époque de l'année il y avait aussi les bruits de la vendange, les aller-retours pour surveiller le jus de raisin qui bouillonnait gentiment, les cliquetis du pressoir... Toute cette nostalgie lui plaisait, cela arrêtait son esprit qui tournait en boucle... Et c'était bon.

Robert avait installé des capteurs de mouvement, des appareil photo qui prenait régulièrement des photos, des caméras qui filmaient en permanence. Tout ça bien caché dans les arbres. Rien ne pouvait lui échapper de tout ce qui se passait sur toute la surface du lac. Il avait des logiciels spéciaux pour traiter la masse de données récoltées par tout son matériel. Pas con le Robert. Loin d'être con le Robert. Très loin d'être con...

Le coup de l'ours était un peu tiré par les cheveux, mais bon c'était passé... Pouvait-il leur dire ce qu'il avait vu ? Un grand cou, des mâchoires énormes prêtes à se refermer sur la viande devant elles, des petit yeux fous, une vitesse de déplacement incroyable, comme un crotale sur le sable du désert, sauf que c' était dans l'eau, dix, vingt fois plus gros qu'une anguille, qu'un serpent, les seuls mots qui lui venaient à l'esprit étaient Monstre du Loch Ness ou Dragon... Va dire ça aux flic et tu passes pour un con, et tous les autres l'auraient su... Alors il avait dit : « Ours » . Mais il arriverait à avoir l'image... Ce n'était qu'une question de temps. Et du temps il en avait. Ça lui prendrait peut-être des années, mais il aurait l'image. Ouaip, c'est certain, il l'aurait...

Pong Musical – Genesis – Foxtrot ou Selling England By The Pound ?

Des choeurs, une production léchée, des violons sautillants, un basson, des pizzicati, des cuivres, des petites percus genre castagnettes, des rythmes bien complexes, des mélodies accrocheuses, des flûtes, des guitares crunchy, jouées en étouffant les cordes du poignet (désolé, ça doit bien avoir un nom cette technique, le Furventesque doit bien savoir ça lui...), des guitares éthérées, bon ça commence fort cet ActIV !!! Et c'est comme ça tout au long de l'album. Mention spéciale à The Line, qui met de l'humidité dans les yeux (ça je sais comment ça s'appelle, mais je trouve plus poétique de parler d'humidité plutôt que de...non je ne le dirai pas..).

Hier a explosé dans mes neurones une phrase bizarre : « Quand je serai mort, la musique va me manquer. » Je ne suis pas allé réfléchir trop longtemps à tout ce que cette phrase pouvait soulever. Je suis retourné à l'écoute de cet act IV. J'en était à A Night On The Town, c'est à dire que j'avais déjà quelques délices musicaux dans le centre du plaisir, que j'avais atteint un niveau d'imprégnation musical tel que toutes les parties de mon cerveau disponibles étaient dédiées à l'écoute et la dégustation , plus rien n'existait autour, j'étais à l’intérieur de la musique, et p***** que c'était bon !!!

Alors que répondre à tout ce déferlement de sons, de notes, d'endorphines ? Je vous passe tout le cheminement qui m'a emmené vers ces deux albums, mais c'est parti de la seconde minute de Rebirth. Selling England By The Pound ? Foxtrot ? Comment choisir ? Sachant que choisir c'est éliminer.. Très peu pour moi. Jamais su faire ça, moi. Sauf en politique où parfois il faut savoir éliminer. Même si c'est en se bouchant le nez... Mais là on se bouche pas le nez. Parce que si vous faites vraiment attention, vous vous rendrez compte que votre rythme cardiaque s'apaisera malgré les trois cafés que vous venez d'ingurgiter il y a à peine une heure, et alors vos inspirations se feront plus profondes, un sourire béat, ou idiot, et je fais la différence car je suis bien conscient que j’appartiens à la seconde catégorie, et là, si vous êtes en train de vous boucher le nez, ce qui en soi relève d'une attitude qui frôle le ridicule en écoutant de la musique, bref inspirer profondément par la bouche ne produit pas du tout le même effet que par le nez. Inspirer fortement par la bouche ressemble plutôt à un examen médical alors que par le nez... et bien c'est pas du tout pareil.

Donc : Foxtrot ou Selling England By The Pound ? Lequel ai-je le plus écouté ? Sans doute Selling England, d'accord : Mais pour quelle raison ? Et bien parce que je viens d'une autre époque. Que je vous raconte. J'aime bien raconter. Et même si tout n'est pas toujours rigoureusement exact, c'est quand même une partie de moi que je vous livre. Une partie de ce qui vit en moi, une partie de ce que ma mémoire a engrangé au fil tu temps. Et à l'époque étrange où la découverte du vaste monde se résumait pour moi à des virées en Peugeot 103 propulsé par un mélange d'huile et d’essence que tu trouvais dans d'étranges machines où, après avoir introduit une pièce dans la fente, il fallait actionner un levier pour pomper (d'où le nom pompe à essence, ah que c'est beau la vie quand tout s'explique...) le précieux mélange, bref la découverte du vaste monde se résumait à des virées en 103 à la recherche du continent féminin, ce pays de cocagne et de félicités, et, surtout, donc, la découverte musicale. Bref, la glorieuse époque du vinyle. L'époque où une angoisse apparaissait après tout achat d'un disque : y aura-t-il beaucoup de craquements ? Et Foxtrot craquait. Beaucoup. Beaucoup trop. Inécoutable. Et il a fallu batailler beaucoup pour l'échanger ! Et j'en ai obtenu un autre. Qui craquait. Moins, peut-être mais il craquait quand même beaucoup plus que la moyenne. Bon, comparé à d'autres catastrophes mondiales, ce n'était pas grand chose. Mais pour moi c'était un drame. Et à ce moment je ressentais un abattement m'écraser, la sensation d'avoir été floué, d'avoir été privé d'une écoute de qualité. Moi, je n'entendais que les craquements... Mais je l'écoutais quand même parce que Foxtrot est un foutu bon album. Toujours avec le sentiment que le monde est injuste, que je ne méritais aucunement pareil traitement de la part des puissances supérieures.

Selling England commence avec Peter Gabriel, a cappela, qui nous demande : Can you tell me where my country lies ? Alors que la production de Foxtrot semble terminer une ère, celle de Selling England semble en ouvrir une autre : les instruments ont une clarté et une puissance qui n'existait pas dans Foxtrot, les sons sont travaillés, nouveaux. Une année d'écart seulement...
Après le sympathique et gentillet I Know What I Like, arrive le classique Firth Of Fifth : intro au piano célèbre, construction du morceau complexe, avec un enchaînement de parties où les instruments se déchaînent, et d'autres où le calme d'une flûte traversière vous scotche, où une partie de guitare vous transporte d'une rive à une autre. More Fool Me est un autre sympathique et gentillet morceau qui vous dépose au sommet d'une colline d'où vous assistez à l'arrivée d'une armée qui va se livrer à une bataille dans la forêt d'Epping. Nouveau morceau sympathique et gentillet, avant le plus consistant The Cinema Show. L'album se termine avec une reprise du thème développé dans le morceau d'ouverture.

Oui mais Foxtrot, dès la première seconde, vous cueille avec des accords dignes de l'entrée d'un roi dans une cathédrale. Sous les accords vient s'insérer une petite polyrythmie bien sympathique. Pour ne pas oublier la qualité des musiciens... Ce que confirme Time Table. Autour du piano, se construit un morceau mélodieux comme on les aime, mais loin d'être racoleur ou sans intérêt. Get 'Em Out By Friday nous raconte une bien belle histoire avec un enchaînement de grands plaisirs musicaux construit autour d'un thème soutenu par les claviers, comme bien souvent dans tout l'album. Can Utility And The Coastliners est un autre exemple de ces morceaux complexes, à l’architecture flamboyante, pleine de dentelles et de colonnades bien solides qui s'élancent vers les cieux pour nous faire toucher du doigt ce à quoi peut bien ressembler le paradis musical. Et ça fonctionne. Pour moi. Et, j'en suis persuadé, pour vous aussi. Horizons est une petite pièce musicale à la guitare qui allie la simplicité et l'élégance. Et l'album se termine avec Supper's Ready. Je renonce à parler de ce morceau, si ce n'est pour dire qu'il me laisse sans mots. C'est pas peu dire... Sauf que les montées des claviers vous emmènent tout en haut de la montagne, là où l’air est rare mais d'une pureté infinie.

Alors Foxtrot ou Selling England ? Pas facile à faire comme choix... Il faut écouter, encore et encore. Et puis encore une fois. Après réflexion, moi c'est sans doute Foxtrot. Mais sans les craquements... Au CD, donc.

Bonne écoute.

Tranches de vie: L'inspecteur et le médecin légiste..

Depuis toujours il avait aimé classer. D'abord observer, chercher la case, et, s'il ne savait pas, émettre des hypothèses, ce qu'il appelait hypothèser, chercher et trouver la solution, puis ranger dans la bonne case, ou en créer une nouvelle si besoin, et quand la chose était enfin rangée il éprouvait une paix intérieure qui l'envahissait par vagues concentriques en partant d'un point qu'il situait, grâce à l'observation de Pat'thanatos dans ses lentes explorations, proche de la rate.

Il avait commencé par des pierres trouvées ça et là alors qu'il allait d'un point à un autre. Il ne cherchait pas, non, les objets à classer croisaient son chemin, c'est tout, et il éprouvait alors le besoin de s'en saisir et de les classer. Il n'allait pas dans les brocantes, les marchés aux puces ou les vide-greniers à la recherche de l'objet rare. Il laissait ça à ceux qui soignaient leurs névroses avec des collections qui finissaient par les envahir et les étouffer jusqu'à en mourir intérieurement.

Après les pierres il était passé tout naturellement aux timbres, ce qui n'a rien d'original. D'ailleurs original n'était pas un qualificatif qui lui allait... La collecte de timbres s'était effondrée avec l'essor des mails et des envois groupés pour les factures. Celle des fèves, grâce à l'originalité de la confédération des boulangers-pâtissiers fonctionnait bien les trois premiers mois de l'année. Celle des pin's, elle, semblait se tarir.

Mais ce qui l'agitait le plus intérieurement, c'était le type qui était devant lui : une énigme pour lui ce Pat'thanatos. D'autres l'appelaient autrement, mais pour lui c'était Pat'thanatos . Une énigme, donc. Le gars ne parlait jamais de lui. Et en tant que policier il savait que la plupart des gens parlent d'eux. Toujours. Dans une conversation, tu avait souvent deux personnes, ou plus, qui parlent, mais très rarement au moins une personne qui écoute. Raconter ses vacances, ses enfants, ses beaux-parents, sa vision politique, ok, mais pourquoi écouter les vacances des autres, leurs enfants, leurs beaux-parents, leurs avis politiques ? Aucun intérêt.

Les seuls éléments de sa vie que l'on connaissait, c'était son amour du foot et de la musique country. C'était pas difficile à voir : un type d'un certain âge, enfin d'un âge proche de la retraite, qui se baladait toujours vêtu d'un maillot de foot et coiffé d'un magnifique Stetson vissé sur la tête, même pendant qu'il officiait en tant que médecin légiste. Il avait autant de maillots de foot (enfin des maillots publicitaires) que de couvre-chefs. Des maillots anglais véhiculant les logos de banques, de compagnies aériennes, de marques de voitures,de sites de paris sportifs, même de plus en plus des maillots avec des idéogrammes chinois intrigants, des idéogrammes qui disaient peut-être « celui qui me lit est un idiot », va savoir, ils ont peut-être le sens de l'humour ces chinois qui achètent des clubs de foot comme d'autres achètent une Audi pour montrer qu'ils ont réussi dans la vie. Des maillots allemands, espagnols, italiens, et même des français, alors qu'il disait souvent : « En france on a la meilleure équipe du monde, mais les joueurs jouent à l'étranger. Résultat : le chanpionnat m'emmerde. » Question Stetson, il y en avait aussi beaucoup : des durs, des mous, des à bords droits, d'autres à bords tombants, dans une infinité de variations beiges.

Il ne parlait donc jamais de lui. Exclusivement de foot et de son idole : Willie Nelson. Mais aussi de Merle Haggard, Emmylou Harris, Linda Ronstadt, Garth Brooks, Charlie Daniels ou Vince Gill. Et de plein d'autres, adeptes ou nom de la pedal-steel, du violon ou de l'harmonica. Mais toujours de la bonne vieille six cordes acoustique. Si on ne voulait pas passer une journée entière dans cette morgue où il faisait froid et dont l'odeur typique de désinfectant et de corps dont la vie est partie pénétrait vos vêtements et enrobait vos cheveux, si bien que l'inspecteur à chaque fois qu'il y allait, c'est à dire assez souvent, et sans doute pas mal de fois dans cette affaires de corps enterrés dans un potager, bref à chaque fois il repassait chez lui prendre une douche avec shampooing, et mettait toutes ses fringues dans la machine à laver sans passer par la panière dédiée au linge sale, et lançait un programme à haute température, en surchargeant le compartiment à adoucissant pour chasser cette putain d'odeur, donc si on ne voulait pas passer sa journée à écouter Pat'thanatos dérouler, il fallait l'interrompre rapidement.

Ne sachant rien, l’inspecteur hypothésait. Pat'thanatos était un type brillant, avec des connaissances étendues et une intelligence vive. Ses observations et ses déductions étaient parfois surprenantes, mais s'avéraient toujours justes. Dans le cas du gars Raphaël, alors que l'inspecteur pensait qu'il avait d'abord été tué, puis que le meurtrier avait placé un hérisson mort dans sa bouche pour signer son crime ou envoyer un message, le légiste avait dit d'entrée de jeu : « Vu l'état de décomposition du corps et celui du hérisson, le hérisson est mort après le corps. Le hérisson a dû entrer et se coincer les piquants dans les mâchoires, et comme ce con n'a pas pu reculer, il est mort sur place. Pourquoi il est rentré ? Tu vas voir, on va trouver un fruit... » Et Pat'thanatos avait trouvé la pomme toute rabougrie dans ce qu'il restait de la trachée artère... Mais vu la position du corps, tranquillement allongé, le type n'était pas mort asphyxié. Sans doute une rupture d'anévrisme au niveau du cerveau... » Et quelques dizaines de minutes plus tard : « Bingo ! Une pomme !»

Brillant, c'est sûr. L'inspecteur hypothésait un type qui se rend compte que le médecin perd toujours, que la mort finit toujours par prendre ceux qu'il soigne. Par contre le médecin légiste redonne de la vie à ceux qui sont mort. Il redonne de la vie à un cadavre en parlant de ses derniers instants. C’est lui qui gagne dans son combat avec la mort.

C'était une hypothèse, mais l'inspecteur ne savait toujours pas dans quelle case ranger Pat'thanatos... Et une question restait : pourquoi ne parlait-il jamais de lui ?

Pong musical – The Beatles – Album Rouge 1962-1966 et Album Bleu 1967-1970

Bon, je me cale le casque bien serré sur la tête, histoire qu'aucune note ne s'en échappe, non, tout pour mes oreilles, j'en profite aussi pour me caler dans mon fauteuil préféré, et j'appuie sur le bouton à déclencher les endorphines. Et puis, des sons étranges me parviennent, des voix s'époumonent dans le lointain, des guitares cachectiques tentent de se faire entendre... Bizarre, étrange... C'est pas du tout ce que m'avait promis le Pain Of Salvation fan, les fans doivent dirent POS d'ailleurs, comme les vieux comme moi disaient ELP, BBA, par exemple... Il a du se prendre les cheveux dans le tapis le Furventesque, s'éclater la tête sur le coin de la cheminée qui cheminait en ce jour humide de printemps qui ressemblait à un jour d'hiver humide...Le second morceau me balance la même bouillie.

Je suis déstabilisé. La petite blague dure un peu longtemps je trouve... Et puis je trouve au fin fond de ma perplexité une idée qui passait par là, qui a sans doute vu ma tronche défaite, et devant tant de désarroi me souffle que peut-être, je dis bien peut-être, le problème vient de moi, bien que généralement le problème vienne des autres, pas de moi, c'est bien connu. Bon, je vous la fais courte : toujours bien insérer la prise mini jack dans l'orifice prévu.

Et ensuite j'ai vécu un très bon moment musical. Les endorphines sont venues en quantité importante. Et je me suis demandé pourquoi je connaissais Transatlantic, pourquoi je connaissais aussi Spock's Beard ou Dream Theater et pas POS (je peux, je suis fan...) ? Le nom ? Pain Of Salvation m'aurait évoqué un truc genre souffrance de la rédemption judéo-chrétienne ? Je vous ai déjà parlé de ça à propos de Mastodon, mais bon, on juge bien les humains sur des a-priori, pourquoi pas le style d'un groupe sur les mêmes a-priori ?

L'ondulé capillaire avait raison : c'est riche. Les parties puissantes alternent avec d'autres d'une délicatesse éthérée, et tout s’écoule fluidement, tout semble simple et évident, juste et à sa place. Bon, je vais pas vous faire l'article, l'anti-fan sardouien vous l'a déjà fait. Un seul reproche : pourquoi ne pas m'avoir donné ça il y a dix ans ?

Pong donc. Remedy Lane / Penny Lane (Penny Lane is in my ears and in my eyes...). C'était d'une évidence imparable...

Si tu es né dans les années soixante, tu a toujours vécu avec les Beatles. Au début, tout minot c'était avec la radio, entre deux « variétés françaises » mais piquées outre manche ou atlantique, et honteusement dénaturées, adaptées avec un mauvais goût issu des bals musettes, bref, parfois arrivait un ovni musical avec des arrangements surprenants, des sonorités nouvelles. Là où en France on collait des violons calés sur la mélodie, les Beatles te balançaient des passages d'orchestre symphonique, des empilement de parties complexes, des cuivres, des violoncelles, des chœurs immenses et plein d'instruments originaux. Mais faut pas croire, les radios passaient peu les Beatles à cause de toutes les Stars Françaises...

Je connaissais pas de personnes ayant des albums avant qu'en 74 je puisse me copier les 54 morceaux des albums rouge et bleu. Qui sont des compilations, que des classiques dans l'ordre de parution. Ce qui permet de mesurer l'évolution des compositions... Et j'ai écouté. Distraitement ou attentivement, ça dépendait. Parce que tu peux écouter en musique de fond, des mélodies toujours divertissantes, ou attentivement, et là tu entres dans un monde de découverte infini : je défie quiconque de tout avoir repéré et d'être lassé de redécouvrir le petit contre chant de la flûte dans The Fool On The Hill ou l'utilisation d'une guimbarde... A Day In The Life : une petite cinquantaine de musiciens, pas moins de cinq pianistes différents sur cinq pianos différents... enregistrement du 19 janvier au 22 février...

Le gros problème avec les Beatles c'est qu'on connaît trop, donc on n'écoute plus. Mais moi j'ai eu la chance de ne pas trop connaître ces 54 morceaux, donc j'ai écouté, attentivement, avidement, gourmandisement. Et je continue.

Bonne écoute.

Une Tronche. (La vie de Mr Lépange)

Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, avait un problème de tronche. Il n'avait pas personnellement un problème avec sa tronche, non, lui s'était habitué. Encore que... C'est les autres qui avaient un problème avec sa tronche. Il le savait. Il ne l'avait pas toujours su, ça lui avait pris du temps, des années et des années, mais depuis maintenant un long moment il savait. Il s'était habitué. Aux regards des autres, et à sa tronche. Et ce serait toujours comme cela. « Les gens ne changent pas, ils ne changeront jamais. » était une des choses qu'il savait. Et comme lui n'avait pas l'intention de changer de tronche, les réactions des autres resteraient les mêmes. Pourtant il aurait fallu de peu de choses pour changer.

On ne voyait pas de personnes âgées comme lui. Plus âgées que lui j'entends, pas simplement âgées. Et on n'en voyait pas de plus jeunes non plus. Pendant longtemps Mr Lépange s'était interrogé sur ce curieux phénomène. C'était incompréhensible : sans être le seul, il n'y avait que lui. Pendant longtemps il avait passé son temps à chercher ses semblables. En voiture, où ses écarts de trajectoires avaient fait méditer ses passager sur l'expression qui désignait le siège avant droit comme la place du mort, dans les grands magasins, dans les files d'attente en attendant de poser ses achats sur le tapis roulant. Quand il lisait un nouveau CV, ce n'était pas les mots qui attiraient son regard. Il fallait d'abord qu'il scrute la photo. Et il ne trouvait jamais un de ses semblables. Juste une personne souriante, avec le petit sourire qui sied à une photo de CV.

Pourtant il aurait fallu peu de choses pour changer : juste un peu de courage. Des encouragements aussi. Et puis une raison. Mais à l'époque (c'était si loin tout ça...) il n'avait trouvé aucune de ces trois motivations. C'est marrant, parce que des gens de sa génération il y en avait plein des comme lui. Mais il n'y en avait plus. Peut-être étaient-ils tous morts ? Le plus plausible était qu'ils avaient trouvé au moins une des trois raisons qui peuvent personnellement vous pousser à vous rendre ridicule. Enfin c'est ce qu'il pensait à l'époque. Parce que depuis il semblait à Mr Lépange que tous les ados avaient de splendides dents suite à quelques mois passés avec des élastiques plein la bouche, des protèges dents de rugbymen, et personne ne semblait trouver cela ridicule. Même pas lui. Ce qui invalidait sa certitude de la pérennité des choses...

Eux n'étaient pas ridicules. Lui l'était devenu...

Ses dents n'étaient pas spécialement d'une couleur étrange, au contraire, elles étaient même plus blanches que chez beaucoup de personnes. Non, ce qui clochait c'était leur implantation. Pas à l'horizontale tout de même, mais pas à la verticale non plus. Entre les deux... La seule personnalité à qui il se comparait au niveau dentition, c'était le chanteur d'un groupe de rock dont il ne se souvenait jamais du nom (bien que né dans les années 60 il n'était pas un enfant du Rock, plutôt variété Française des années 70), voix de Ténor, tendance à en faire un peu trop selon l'avis de Mr Lépange, il était mort maintenant, un des premiers morts célèbre du Sida... Non, décidément le nom lui échappait encore. Mais ce chanteur atténuait (on ne peux pas cacher) l'aspect de sa bouche grâce à une moustache fournie. Mr Lépange avait bien essayé de faire pareil, mais ses poils étaient implantés à l'horizontale et peu nombreux, ce qui fait que le regard était doublement attiré par la bouche de Mr Lépange, ce qui n'était pas forcément une bonne idée... Idée vite abandonnée donc.

Mr Lépange supposait que les générations qui l'avaient précédé étaient élevées sans qu'on laisse les enfants se fourrer les doigts ou un bout de tissu dégueulasse dans la bouche. C'est pour ça qu'on ne voit pas de vieux comme lui. Mais son père, qui aurait préféré avoir une fille, le laissait faire tout ce qu'il voulait. Mr Lépange se souvenait que ses parents se déchiraient à cause de lui. Sa mère voulait l'empêcher de se ruiner la dentition à cause de ses doigts et d'un infâme tissu en permanence dans sa bouche, son père disait que ce n'était pas grave, qu'elle était folle de toujours tout lui interdire, sa mère répondait qu'à force de toujours tout lui laisser faire, son père allait en faire un... et le mot n'était jamais prononcé parce que son père se levait, le doigt tendu, les yeux exorbités, et il hurlait qu'il lui interdisait de dire des choses comme ça de son fils !!! Alors Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, tétait comme un forcené sur ses doigts et son infâme tissu pour se sentir mieux. Mr Lépange se souvenait bien de ces scènes. Le souvenir lui donnait une curieuse sensation au fond des tripes, comme le souvenir, inversé, des scènes qu'il avait eues avec Marie, lui voulant interdire toute tétine dans la maison, Marie trouvant que c'était bien pratique pour apaiser un enfant qui pleure. Quand ils pouvaient en parler à peu près calmement, il lui disait qu'il ne voulait pas que ses enfants aient les dents comme lui. Elle lui répondait que ce n'était pas grave, qu'ils auraient un appareil à l’adolescence et puis basta. Quelle conne cette Marie...

À part sa dentition, la vie de Mr Lépange n'avait rien de particulier. Il avait toujours été un bon copain, pas le chef de bande, non, ça c'était pour ceux qui étaient beaux, lui c'était le marrant de la bande, celui qui révèle le cocasse d'une situation juste avant les autres, celui qui fait rire les autres dans la classe. Ce qui ne l'avait pas empêché de suivre une scolarité satisfaisante jusqu'à son diplôme de comptable. Pas d'expert-comptable, non, ça c'est pour les plus beaux. Mais comme il faisait bien ce pour quoi on le payait il avait étudié, après avoir été abordé par hasard un jour par un type qui lui avait parlé de la microfibre, la possibilité de devenir franchisé dans ce secteur. Et il s'était lancé après avoir convaincu Marie.

Marie, c'était son ex-épouse. C'est elle qui l'avait choisi alors qu'ils étaient adolescents. Pourtant elle était plutôt jolie Marie. Et puis elle en avait choisi un autre... Elle était partie avec les enfants. C'est vrai que la microfibre, loin de nettoyer, avait pourri leur vie. Il s'était tant investi qu'il avait abandonné tout le reste. Famille, amis, vie sociale. C'est tout juste s'il avait remarqué l’absence de ses enfants et de Marie tant il ne vivait que pour la microfibre alors.

Et les années étaient passées jusqu'à cette déclaration de non-essencialité. Après un petit moment de flottement il était parti...

Un jour, après avoir longtemps fait tourner les phrases dans son esprit, il s'était assis sous un pommier sauvage pour écrire une lettre à Marie. Il voulait lui dire qu'il était désolé d'avoir réussi à la convaincre de le laisser se lancer dans la microfibre, qu'il reconnaissait maintenant avoir été un mauvais père, un mauvais compagnon, qu'il comprenait maintenant et qu'il ne lui en voulait pas et lui souhaitait d'être heureuse... La première phrase serait : « Marie, t'es qu'une conne : c'est ce que j'ai longtemps pensé, mais j'avais tort ». Ouais, pas mal pour une première phrase.

Raphaël avait pris son crayon, avait tracé les premier mots, avait eu envie de s'allonger, et était mort avant même d'avoir posé sa tête sur le sol.

Environ sept semaines plus tard une toute petite pomme était tombée dans sa bouche ouverte et était venue se coincer dans le fin fond de sa gorge.

Trois semaines plus tard, un vieil hérisson qui passait par là fut attiré par l'odeur de cette pomme qui pourrissait lentement. Son mets préféré ! Alors il s'enfonça. Encore un peu plus.Tellement qu'il n'avait jamais réussi à sortir. Et il mourut là, la bouche à deux centimètres de la pomme...

« T'as vu, un dirait le cadavre du mec qui chantait...mais si, un Anglais...Putain, j'me rappelle jamais son nom... » fut la première phrase du légiste.

«  Bon, t'as vu le match hier soir ? » fut la seconde...

Pong Musical-King Crimson – Lark's Tongues In Aspic

Arrivée du Ping. J'écoute.

Tout d'abord je perçois une tristesse, on peut même dire une immense  douleur, et j'imagine que c'est peut-être lié à la perte du lieu où plongent les racines d'un peuple. Pourtant ça ne me procure pas beaucoup d'émotions. J'ai l'impression d'entendre une musique atemporelle. Une musique qui aurait pû être jouée il y a plusieurs siècles. La voix semble raconter une histoire terrible. Si on enlève la contrebasse qui, elle, apporte de la modernité, et si je ferme les yeux, je suis dans une maison construite en pisé où la chaleur est étouffante, et où ça sent un peu l'odeur des chèvres, et surtout celle du bouc, qui sont dans l'appentis à droite en sortant. Ça fait un peu cliché, je sais, mais mes neurones font ce qu'ils peuvent.

Je connais cette odeur, mes grands parents élevaient des chèvres, et à part les murs en pisé c'était pareil. Le bouc et les chèvres embaument l'air de la même façon, qu'on soit dans la plaine Thouarsaise ou dans la plaine Syrienne, qu'on soit au vingtième siècle (je sais, actuellement c'est le vingt et unième, mais les chèvres chez mes grands parents c'était au vingtième ) ou qu'on soit au moyen âge. Et quand le troupeau se déplace pour rejoindre le pré, il balise pareillement le chemin avec des petites billes rondes, tel un petit Poucet du règne animal... Il y a des choses qui ne changent pas. Ni l'odeur des chèvres, ni leur transit intestinal.

Et, pour moi, cette musique non plus n'a pas changé. Et ne changera pas. Mais je reconnais que cette flûte et cette guitare sommaire à deux cordes, accompagnées de ces percussions, viennent parfois faire résonner des brins d'ADN, je reconnais aussi que des chromosomes se mettent à vibrer au fin fond de mes cellules. Oui, ça je le reconnais. Ainsi que des moments de grâce musicale, oui, c'est vrai, mais globalement je vibre peu avec cette musique. Trop vieille, trop archaïque pour moi. Elle me bouscule par sa longue histoire d'immobilité. J'apprécie pourtant le solo de percussions ou le solo de contrebasse, j'apprécie le son de la flûte, celui des deux flûtes jouées ensemble.

Mais peut-être y a t'il trop de douleurs dans ces deux concerts, peut-être que dans les pensées qui me traversent à ce moment là j'associe cette musique à la guerre, aux migrations forcées, à la mort, à des choses qui me bousculent trop, peut-être que je préfère détourner le regard, et mes oreilles aussi, de cette réalité...

Bon, tout ce que j'en dit n'est que le reflet de mes pensées confuses, cela n'a rien à voir avec la vérité, c'est juste une impression toute personnelle...

C'est en réfléchissant à cette musique qui me bousculait que mes promenades cognitives m'ont emmené vers un album qui m'avait lui aussi bousculé à l'époque où je côtoyais encore le doux fumet d'un troupeau caprin. Une époque où je découvrais les guitares saturées, les batteries binaires, les chants suraigus de chanteurs à la virilité moulée dans des pantalons brillants. Mais une époque où j'aimais être bousculé. D'ailleurs, en général, j'aime toujours être bousculé. Musicalement j'entends....

Le décor : j'ai 14 ans ½, un 103 Peugeot beige, siège biplace, les cheveux qui poussent, c'est l'été, il fait chaud, je suis chaud, j'ai un pote qui s'appelle Eddie et surtout qui a un frère plus âgé qui bosse à la SNCF, et donc un salaire qui lui permet d'acheter beaucoup d'albums, on passe des journées à écouter ces albums, et moi je découvre quatre albums qui vont m'éveiller à des mondes nouveaux, qui vont élargir mon horizon musical. Et dans ces albums il y a « Lark's Tongues In Aspic » de King Crimson.

Ça commence par des percussions, des notes de Marimba qui s’entremêlent, des sons étranges, indéfinissables. Et puis l'arrivée du violon avant une explosion guitare, batterie, basse, à nouveau violon, et retour du groupe avant ce qui ressemble à une longue impro débridée, suivi d'un moment d'apaisement avec un violon solitaire, tout en douceur. Long passage tout en retenue avant le retour d'un court thème final. Le morceau qui suit, basse-guitare-voix, avec quelques ornements au violon, bien que d'un abord plus classique, est musicalement très complexe. Pour terminer la première face du LP, longue intro qui, quand j'y repense, a sans doute beaucoup interrogé mon père à propos de ma santé mentale..., on pense se diriger ensuite vers un morceau avec couplets-refrains, mais c'est plus compliqué que cela. À écouter, donc...

Seconde face : on reprend les mêmes ingrédients que sur la première face, et là encore, surprises à tous les étages. Dans cet album on ne peut pas écouter et se dire que les prochaines mesures vont être comme ci, ou comme ça.. Non, elles sont toujours différentes de ce à quoi on s'attend. La structure, les sons, les gammes, : tout est traité sous un angle progressif/impro par des musiciens très inventifs.

Je vous rappelle juste que c'est un album sorti en 1973 que vous écoutez. C'est à dire avant le numérique. Le copier/coller se faisait avec des bandes magnétiques, des ciseaux et du scotch... J'imagine même pas le travail qu'un tel album représente au niveau conception et production des morceaux.

Après 46 minutes d'une musique qu'on ne danse pas, qu'on ne chante pas, qu'on ne fredonne pas, une musique qu'on écoute en essayant de savourer chaque ingrédient inséré dans ce festin musical, bref après 46 minutes le bras parcours les dernier tours de ce sillon infernal, se relève avec un petit « clac » caractéristique du vinyle qui se termine, et comme l'a dit quelqu'un à propos de la musique de Mozart, le silence qui suit est encore de la musique de King Crimson... Il faut alors un petit, ou un long, moment pour retourner à nos occupations. En général on n’enchaîne pas tout de suite avec un autre album, on est rempli de musique pour un certain temps...

Bonne écoute.

Rebond du Pong : Tony Hillerman.

J'ai oublié... !!! Et puis j'ai hésité ...

J'ai hésité parce que mon Pong sur Oyaté était terminé, le point final était posé. Et point final ça veut dire que c'est la fin... The End autrement dit. Autant dans la famille on s'amuse avec la virgule, autant on respecte le point. Et encore plus le point final. Alors faire un rebond ? C'est pas dans les règles ça... Quoiqu'il n'y ait pas vraiment de règles dans ce jeu de Ping Pong. Juste quelques conventions. Je me suis dit : «  Holà !! Ça peut être la porte ouverte à plein de dérives ce truc là. Tu rajoutes un rebond, puis un rebond au rebond, et encore et encore... et tu te retrouves avec un roman alors que tu étais juste parti pour une petite précision. Importante, certes, mais juste une petite précision... »

Et tout ça parce que j'avais oublié... Alors qu’évidemment Oyaté est LA bande son des romans de Tony Hillerman. Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas y penser dans mon Pong.... Les enquêtes de Joe Leaphorn et de Jim Chee se déroulent dans la région des four corners, dans ces paysages mêmes associés à Mastodon par Mister Ping. Des polars qui en apprennent beaucoup sur les cultures Navajo et Hopi. Par lequel commencer ? La trilogie Joe Leaphorn ? Ou celle qui suit : la trilogie Jim Chee ? Ou le septième roman, celui qui voit les deux policiers se rencontrer et travailler ensemble et qui s'appelle « Porteurs de peau » ? C'est comme on veut, mais moi j'ai un faible pour le dernier. Sans doute parce que c'est le premier que j'ai lu...

Bonne lecture.