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Tranches de vie: L'inspecteur et le médecin légiste..

Depuis toujours il avait aimé classer. D'abord observer, chercher la case, et, s'il ne savait pas, émettre des hypothèses, ce qu'il appelait hypothèser, chercher et trouver la solution, puis ranger dans la bonne case, ou en créer une nouvelle si besoin, et quand la chose était enfin rangée il éprouvait une paix intérieure qui l'envahissait par vagues concentriques en partant d'un point qu'il situait, grâce à l'observation de Pat'thanatos dans ses lentes explorations, proche de la rate.

Il avait commencé par des pierres trouvées ça et là alors qu'il allait d'un point à un autre. Il ne cherchait pas, non, les objets à classer croisaient son chemin, c'est tout, et il éprouvait alors le besoin de s'en saisir et de les classer. Il n'allait pas dans les brocantes, les marchés aux puces ou les vide-greniers à la recherche de l'objet rare. Il laissait ça à ceux qui soignaient leurs névroses avec des collections qui finissaient par les envahir et les étouffer jusqu'à en mourir intérieurement.

Après les pierres il était passé tout naturellement aux timbres, ce qui n'a rien d'original. D'ailleurs original n'était pas un qualificatif qui lui allait... La collecte de timbres s'était effondrée avec l'essor des mails et des envois groupés pour les factures. Celle des fèves, grâce à l'originalité de la confédération des boulangers-pâtissiers fonctionnait bien les trois premiers mois de l'année. Celle des pin's, elle, semblait se tarir.

Mais ce qui l'agitait le plus intérieurement, c'était le type qui était devant lui : une énigme pour lui ce Pat'thanatos. D'autres l'appelaient autrement, mais pour lui c'était Pat'thanatos . Une énigme, donc. Le gars ne parlait jamais de lui. Et en tant que policier il savait que la plupart des gens parlent d'eux. Toujours. Dans une conversation, tu avait souvent deux personnes, ou plus, qui parlent, mais très rarement au moins une personne qui écoute. Raconter ses vacances, ses enfants, ses beaux-parents, sa vision politique, ok, mais pourquoi écouter les vacances des autres, leurs enfants, leurs beaux-parents, leurs avis politiques ? Aucun intérêt.

Les seuls éléments de sa vie que l'on connaissait, c'était son amour du foot et de la musique country. C'était pas difficile à voir : un type d'un certain âge, enfin d'un âge proche de la retraite, qui se baladait toujours vêtu d'un maillot de foot et coiffé d'un magnifique Stetson vissé sur la tête, même pendant qu'il officiait en tant que médecin légiste. Il avait autant de maillots de foot (enfin des maillots publicitaires) que de couvre-chefs. Des maillots anglais véhiculant les logos de banques, de compagnies aériennes, de marques de voitures,de sites de paris sportifs, même de plus en plus des maillots avec des idéogrammes chinois intrigants, des idéogrammes qui disaient peut-être « celui qui me lit est un idiot », va savoir, ils ont peut-être le sens de l'humour ces chinois qui achètent des clubs de foot comme d'autres achètent une Audi pour montrer qu'ils ont réussi dans la vie. Des maillots allemands, espagnols, italiens, et même des français, alors qu'il disait souvent : « En france on a la meilleure équipe du monde, mais les joueurs jouent à l'étranger. Résultat : le chanpionnat m'emmerde. » Question Stetson, il y en avait aussi beaucoup : des durs, des mous, des à bords droits, d'autres à bords tombants, dans une infinité de variations beiges.

Il ne parlait donc jamais de lui. Exclusivement de foot et de son idole : Willie Nelson. Mais aussi de Merle Haggard, Emmylou Harris, Linda Ronstadt, Garth Brooks, Charlie Daniels ou Vince Gill. Et de plein d'autres, adeptes ou nom de la pedal-steel, du violon ou de l'harmonica. Mais toujours de la bonne vieille six cordes acoustique. Si on ne voulait pas passer une journée entière dans cette morgue où il faisait froid et dont l'odeur typique de désinfectant et de corps dont la vie est partie pénétrait vos vêtements et enrobait vos cheveux, si bien que l'inspecteur à chaque fois qu'il y allait, c'est à dire assez souvent, et sans doute pas mal de fois dans cette affaires de corps enterrés dans un potager, bref à chaque fois il repassait chez lui prendre une douche avec shampooing, et mettait toutes ses fringues dans la machine à laver sans passer par la panière dédiée au linge sale, et lançait un programme à haute température, en surchargeant le compartiment à adoucissant pour chasser cette putain d'odeur, donc si on ne voulait pas passer sa journée à écouter Pat'thanatos dérouler, il fallait l'interrompre rapidement.

Ne sachant rien, l’inspecteur hypothésait. Pat'thanatos était un type brillant, avec des connaissances étendues et une intelligence vive. Ses observations et ses déductions étaient parfois surprenantes, mais s'avéraient toujours justes. Dans le cas du gars Raphaël, alors que l'inspecteur pensait qu'il avait d'abord été tué, puis que le meurtrier avait placé un hérisson mort dans sa bouche pour signer son crime ou envoyer un message, le légiste avait dit d'entrée de jeu : « Vu l'état de décomposition du corps et celui du hérisson, le hérisson est mort après le corps. Le hérisson a dû entrer et se coincer les piquants dans les mâchoires, et comme ce con n'a pas pu reculer, il est mort sur place. Pourquoi il est rentré ? Tu vas voir, on va trouver un fruit... » Et Pat'thanatos avait trouvé la pomme toute rabougrie dans ce qu'il restait de la trachée artère... Mais vu la position du corps, tranquillement allongé, le type n'était pas mort asphyxié. Sans doute une rupture d'anévrisme au niveau du cerveau... » Et quelques dizaines de minutes plus tard : « Bingo ! Une pomme !»

Brillant, c'est sûr. L'inspecteur hypothésait un type qui se rend compte que le médecin perd toujours, que la mort finit toujours par prendre ceux qu'il soigne. Par contre le médecin légiste redonne de la vie à ceux qui sont mort. Il redonne de la vie à un cadavre en parlant de ses derniers instants. C’est lui qui gagne dans son combat avec la mort.

C'était une hypothèse, mais l'inspecteur ne savait toujours pas dans quelle case ranger Pat'thanatos... Et une question restait : pourquoi ne parlait-il jamais de lui ?

Pong musical – The Beatles – Album Rouge 1962-1966 et Album Bleu 1967-1970

Bon, je me cale le casque bien serré sur la tête, histoire qu'aucune note ne s'en échappe, non, tout pour mes oreilles, j'en profite aussi pour me caler dans mon fauteuil préféré, et j'appuie sur le bouton à déclencher les endorphines. Et puis, des sons étranges me parviennent, des voix s'époumonent dans le lointain, des guitares cachectiques tentent de se faire entendre... Bizarre, étrange... C'est pas du tout ce que m'avait promis le Pain Of Salvation fan, les fans doivent dirent POS d'ailleurs, comme les vieux comme moi disaient ELP, BBA, par exemple... Il a du se prendre les cheveux dans le tapis le Furventesque, s'éclater la tête sur le coin de la cheminée qui cheminait en ce jour humide de printemps qui ressemblait à un jour d'hiver humide...Le second morceau me balance la même bouillie.

Je suis déstabilisé. La petite blague dure un peu longtemps je trouve... Et puis je trouve au fin fond de ma perplexité une idée qui passait par là, qui a sans doute vu ma tronche défaite, et devant tant de désarroi me souffle que peut-être, je dis bien peut-être, le problème vient de moi, bien que généralement le problème vienne des autres, pas de moi, c'est bien connu. Bon, je vous la fais courte : toujours bien insérer la prise mini jack dans l'orifice prévu.

Et ensuite j'ai vécu un très bon moment musical. Les endorphines sont venues en quantité importante. Et je me suis demandé pourquoi je connaissais Transatlantic, pourquoi je connaissais aussi Spock's Beard ou Dream Theater et pas POS (je peux, je suis fan...) ? Le nom ? Pain Of Salvation m'aurait évoqué un truc genre souffrance de la rédemption judéo-chrétienne ? Je vous ai déjà parlé de ça à propos de Mastodon, mais bon, on juge bien les humains sur des a-priori, pourquoi pas le style d'un groupe sur les mêmes a-priori ?

L'ondulé capillaire avait raison : c'est riche. Les parties puissantes alternent avec d'autres d'une délicatesse éthérée, et tout s’écoule fluidement, tout semble simple et évident, juste et à sa place. Bon, je vais pas vous faire l'article, l'anti-fan sardouien vous l'a déjà fait. Un seul reproche : pourquoi ne pas m'avoir donné ça il y a dix ans ?

Pong donc. Remedy Lane / Penny Lane (Penny Lane is in my ears and in my eyes...). C'était d'une évidence imparable...

Si tu es né dans les années soixante, tu a toujours vécu avec les Beatles. Au début, tout minot c'était avec la radio, entre deux « variétés françaises » mais piquées outre manche ou atlantique, et honteusement dénaturées, adaptées avec un mauvais goût issu des bals musettes, bref, parfois arrivait un ovni musical avec des arrangements surprenants, des sonorités nouvelles. Là où en France on collait des violons calés sur la mélodie, les Beatles te balançaient des passages d'orchestre symphonique, des empilement de parties complexes, des cuivres, des violoncelles, des chœurs immenses et plein d'instruments originaux. Mais faut pas croire, les radios passaient peu les Beatles à cause de toutes les Stars Françaises...

Je connaissais pas de personnes ayant des albums avant qu'en 74 je puisse me copier les 54 morceaux des albums rouge et bleu. Qui sont des compilations, que des classiques dans l'ordre de parution. Ce qui permet de mesurer l'évolution des compositions... Et j'ai écouté. Distraitement ou attentivement, ça dépendait. Parce que tu peux écouter en musique de fond, des mélodies toujours divertissantes, ou attentivement, et là tu entres dans un monde de découverte infini : je défie quiconque de tout avoir repéré et d'être lassé de redécouvrir le petit contre chant de la flûte dans The Fool On The Hill ou l'utilisation d'une guimbarde... A Day In The Life : une petite cinquantaine de musiciens, pas moins de cinq pianistes différents sur cinq pianos différents... enregistrement du 19 janvier au 22 février...

Le gros problème avec les Beatles c'est qu'on connaît trop, donc on n'écoute plus. Mais moi j'ai eu la chance de ne pas trop connaître ces 54 morceaux, donc j'ai écouté, attentivement, avidement, gourmandisement. Et je continue.

Bonne écoute.

Une Tronche. (La vie de Mr Lépange)

Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, avait un problème de tronche. Il n'avait pas personnellement un problème avec sa tronche, non, lui s'était habitué. Encore que... C'est les autres qui avaient un problème avec sa tronche. Il le savait. Il ne l'avait pas toujours su, ça lui avait pris du temps, des années et des années, mais depuis maintenant un long moment il savait. Il s'était habitué. Aux regards des autres, et à sa tronche. Et ce serait toujours comme cela. « Les gens ne changent pas, ils ne changeront jamais. » était une des choses qu'il savait. Et comme lui n'avait pas l'intention de changer de tronche, les réactions des autres resteraient les mêmes. Pourtant il aurait fallu de peu de choses pour changer.

On ne voyait pas de personnes âgées comme lui. Plus âgées que lui j'entends, pas simplement âgées. Et on n'en voyait pas de plus jeunes non plus. Pendant longtemps Mr Lépange s'était interrogé sur ce curieux phénomène. C'était incompréhensible : sans être le seul, il n'y avait que lui. Pendant longtemps il avait passé son temps à chercher ses semblables. En voiture, où ses écarts de trajectoires avaient fait méditer ses passager sur l'expression qui désignait le siège avant droit comme la place du mort, dans les grands magasins, dans les files d'attente en attendant de poser ses achats sur le tapis roulant. Quand il lisait un nouveau CV, ce n'était pas les mots qui attiraient son regard. Il fallait d'abord qu'il scrute la photo. Et il ne trouvait jamais un de ses semblables. Juste une personne souriante, avec le petit sourire qui sied à une photo de CV.

Pourtant il aurait fallu peu de choses pour changer : juste un peu de courage. Des encouragements aussi. Et puis une raison. Mais à l'époque (c'était si loin tout ça...) il n'avait trouvé aucune de ces trois motivations. C'est marrant, parce que des gens de sa génération il y en avait plein des comme lui. Mais il n'y en avait plus. Peut-être étaient-ils tous morts ? Le plus plausible était qu'ils avaient trouvé au moins une des trois raisons qui peuvent personnellement vous pousser à vous rendre ridicule. Enfin c'est ce qu'il pensait à l'époque. Parce que depuis il semblait à Mr Lépange que tous les ados avaient de splendides dents suite à quelques mois passés avec des élastiques plein la bouche, des protèges dents de rugbymen, et personne ne semblait trouver cela ridicule. Même pas lui. Ce qui invalidait sa certitude de la pérennité des choses...

Eux n'étaient pas ridicules. Lui l'était devenu...

Ses dents n'étaient pas spécialement d'une couleur étrange, au contraire, elles étaient même plus blanches que chez beaucoup de personnes. Non, ce qui clochait c'était leur implantation. Pas à l'horizontale tout de même, mais pas à la verticale non plus. Entre les deux... La seule personnalité à qui il se comparait au niveau dentition, c'était le chanteur d'un groupe de rock dont il ne se souvenait jamais du nom (bien que né dans les années 60 il n'était pas un enfant du Rock, plutôt variété Française des années 70), voix de Ténor, tendance à en faire un peu trop selon l'avis de Mr Lépange, il était mort maintenant, un des premiers morts célèbre du Sida... Non, décidément le nom lui échappait encore. Mais ce chanteur atténuait (on ne peux pas cacher) l'aspect de sa bouche grâce à une moustache fournie. Mr Lépange avait bien essayé de faire pareil, mais ses poils étaient implantés à l'horizontale et peu nombreux, ce qui fait que le regard était doublement attiré par la bouche de Mr Lépange, ce qui n'était pas forcément une bonne idée... Idée vite abandonnée donc.

Mr Lépange supposait que les générations qui l'avaient précédé étaient élevées sans qu'on laisse les enfants se fourrer les doigts ou un bout de tissu dégueulasse dans la bouche. C'est pour ça qu'on ne voit pas de vieux comme lui. Mais son père, qui aurait préféré avoir une fille, le laissait faire tout ce qu'il voulait. Mr Lépange se souvenait que ses parents se déchiraient à cause de lui. Sa mère voulait l'empêcher de se ruiner la dentition à cause de ses doigts et d'un infâme tissu en permanence dans sa bouche, son père disait que ce n'était pas grave, qu'elle était folle de toujours tout lui interdire, sa mère répondait qu'à force de toujours tout lui laisser faire, son père allait en faire un... et le mot n'était jamais prononcé parce que son père se levait, le doigt tendu, les yeux exorbités, et il hurlait qu'il lui interdisait de dire des choses comme ça de son fils !!! Alors Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, tétait comme un forcené sur ses doigts et son infâme tissu pour se sentir mieux. Mr Lépange se souvenait bien de ces scènes. Le souvenir lui donnait une curieuse sensation au fond des tripes, comme le souvenir, inversé, des scènes qu'il avait eues avec Marie, lui voulant interdire toute tétine dans la maison, Marie trouvant que c'était bien pratique pour apaiser un enfant qui pleure. Quand ils pouvaient en parler à peu près calmement, il lui disait qu'il ne voulait pas que ses enfants aient les dents comme lui. Elle lui répondait que ce n'était pas grave, qu'ils auraient un appareil à l’adolescence et puis basta. Quelle conne cette Marie...

À part sa dentition, la vie de Mr Lépange n'avait rien de particulier. Il avait toujours été un bon copain, pas le chef de bande, non, ça c'était pour ceux qui étaient beaux, lui c'était le marrant de la bande, celui qui révèle le cocasse d'une situation juste avant les autres, celui qui fait rire les autres dans la classe. Ce qui ne l'avait pas empêché de suivre une scolarité satisfaisante jusqu'à son diplôme de comptable. Pas d'expert-comptable, non, ça c'est pour les plus beaux. Mais comme il faisait bien ce pour quoi on le payait il avait étudié, après avoir été abordé par hasard un jour par un type qui lui avait parlé de la microfibre, la possibilité de devenir franchisé dans ce secteur. Et il s'était lancé après avoir convaincu Marie.

Marie, c'était son ex-épouse. C'est elle qui l'avait choisi alors qu'ils étaient adolescents. Pourtant elle était plutôt jolie Marie. Et puis elle en avait choisi un autre... Elle était partie avec les enfants. C'est vrai que la microfibre, loin de nettoyer, avait pourri leur vie. Il s'était tant investi qu'il avait abandonné tout le reste. Famille, amis, vie sociale. C'est tout juste s'il avait remarqué l’absence de ses enfants et de Marie tant il ne vivait que pour la microfibre alors.

Et les années étaient passées jusqu'à cette déclaration de non-essencialité. Après un petit moment de flottement il était parti...

Un jour, après avoir longtemps fait tourner les phrases dans son esprit, il s'était assis sous un pommier sauvage pour écrire une lettre à Marie. Il voulait lui dire qu'il était désolé d'avoir réussi à la convaincre de le laisser se lancer dans la microfibre, qu'il reconnaissait maintenant avoir été un mauvais père, un mauvais compagnon, qu'il comprenait maintenant et qu'il ne lui en voulait pas et lui souhaitait d'être heureuse... La première phrase serait : « Marie, t'es qu'une conne : c'est ce que j'ai longtemps pensé, mais j'avais tort ». Ouais, pas mal pour une première phrase.

Raphaël avait pris son crayon, avait tracé les premier mots, avait eu envie de s'allonger, et était mort avant même d'avoir posé sa tête sur le sol.

Environ sept semaines plus tard une toute petite pomme était tombée dans sa bouche ouverte et était venue se coincer dans le fin fond de sa gorge.

Trois semaines plus tard, un vieil hérisson qui passait par là fut attiré par l'odeur de cette pomme qui pourrissait lentement. Son mets préféré ! Alors il s'enfonça. Encore un peu plus.Tellement qu'il n'avait jamais réussi à sortir. Et il mourut là, la bouche à deux centimètres de la pomme...

« T'as vu, un dirait le cadavre du mec qui chantait...mais si, un Anglais...Putain, j'me rappelle jamais son nom... » fut la première phrase du légiste.

«  Bon, t'as vu le match hier soir ? » fut la seconde...

Pong Musical-King Crimson – Lark's Tongues In Aspic

Arrivée du Ping. J'écoute.

Tout d'abord je perçois une tristesse, on peut même dire une immense  douleur, et j'imagine que c'est peut-être lié à la perte du lieu où plongent les racines d'un peuple. Pourtant ça ne me procure pas beaucoup d'émotions. J'ai l'impression d'entendre une musique atemporelle. Une musique qui aurait pû être jouée il y a plusieurs siècles. La voix semble raconter une histoire terrible. Si on enlève la contrebasse qui, elle, apporte de la modernité, et si je ferme les yeux, je suis dans une maison construite en pisé où la chaleur est étouffante, et où ça sent un peu l'odeur des chèvres, et surtout celle du bouc, qui sont dans l'appentis à droite en sortant. Ça fait un peu cliché, je sais, mais mes neurones font ce qu'ils peuvent.

Je connais cette odeur, mes grands parents élevaient des chèvres, et à part les murs en pisé c'était pareil. Le bouc et les chèvres embaument l'air de la même façon, qu'on soit dans la plaine Thouarsaise ou dans la plaine Syrienne, qu'on soit au vingtième siècle (je sais, actuellement c'est le vingt et unième, mais les chèvres chez mes grands parents c'était au vingtième ) ou qu'on soit au moyen âge. Et quand le troupeau se déplace pour rejoindre le pré, il balise pareillement le chemin avec des petites billes rondes, tel un petit Poucet du règne animal... Il y a des choses qui ne changent pas. Ni l'odeur des chèvres, ni leur transit intestinal.

Et, pour moi, cette musique non plus n'a pas changé. Et ne changera pas. Mais je reconnais que cette flûte et cette guitare sommaire à deux cordes, accompagnées de ces percussions, viennent parfois faire résonner des brins d'ADN, je reconnais aussi que des chromosomes se mettent à vibrer au fin fond de mes cellules. Oui, ça je le reconnais. Ainsi que des moments de grâce musicale, oui, c'est vrai, mais globalement je vibre peu avec cette musique. Trop vieille, trop archaïque pour moi. Elle me bouscule par sa longue histoire d'immobilité. J'apprécie pourtant le solo de percussions ou le solo de contrebasse, j'apprécie le son de la flûte, celui des deux flûtes jouées ensemble.

Mais peut-être y a t'il trop de douleurs dans ces deux concerts, peut-être que dans les pensées qui me traversent à ce moment là j'associe cette musique à la guerre, aux migrations forcées, à la mort, à des choses qui me bousculent trop, peut-être que je préfère détourner le regard, et mes oreilles aussi, de cette réalité...

Bon, tout ce que j'en dit n'est que le reflet de mes pensées confuses, cela n'a rien à voir avec la vérité, c'est juste une impression toute personnelle...

C'est en réfléchissant à cette musique qui me bousculait que mes promenades cognitives m'ont emmené vers un album qui m'avait lui aussi bousculé à l'époque où je côtoyais encore le doux fumet d'un troupeau caprin. Une époque où je découvrais les guitares saturées, les batteries binaires, les chants suraigus de chanteurs à la virilité moulée dans des pantalons brillants. Mais une époque où j'aimais être bousculé. D'ailleurs, en général, j'aime toujours être bousculé. Musicalement j'entends....

Le décor : j'ai 14 ans ½, un 103 Peugeot beige, siège biplace, les cheveux qui poussent, c'est l'été, il fait chaud, je suis chaud, j'ai un pote qui s'appelle Eddie et surtout qui a un frère plus âgé qui bosse à la SNCF, et donc un salaire qui lui permet d'acheter beaucoup d'albums, on passe des journées à écouter ces albums, et moi je découvre quatre albums qui vont m'éveiller à des mondes nouveaux, qui vont élargir mon horizon musical. Et dans ces albums il y a « Lark's Tongues In Aspic » de King Crimson.

Ça commence par des percussions, des notes de Marimba qui s’entremêlent, des sons étranges, indéfinissables. Et puis l'arrivée du violon avant une explosion guitare, batterie, basse, à nouveau violon, et retour du groupe avant ce qui ressemble à une longue impro débridée, suivi d'un moment d'apaisement avec un violon solitaire, tout en douceur. Long passage tout en retenue avant le retour d'un court thème final. Le morceau qui suit, basse-guitare-voix, avec quelques ornements au violon, bien que d'un abord plus classique, est musicalement très complexe. Pour terminer la première face du LP, longue intro qui, quand j'y repense, a sans doute beaucoup interrogé mon père à propos de ma santé mentale..., on pense se diriger ensuite vers un morceau avec couplets-refrains, mais c'est plus compliqué que cela. À écouter, donc...

Seconde face : on reprend les mêmes ingrédients que sur la première face, et là encore, surprises à tous les étages. Dans cet album on ne peut pas écouter et se dire que les prochaines mesures vont être comme ci, ou comme ça.. Non, elles sont toujours différentes de ce à quoi on s'attend. La structure, les sons, les gammes, : tout est traité sous un angle progressif/impro par des musiciens très inventifs.

Je vous rappelle juste que c'est un album sorti en 1973 que vous écoutez. C'est à dire avant le numérique. Le copier/coller se faisait avec des bandes magnétiques, des ciseaux et du scotch... J'imagine même pas le travail qu'un tel album représente au niveau conception et production des morceaux.

Après 46 minutes d'une musique qu'on ne danse pas, qu'on ne chante pas, qu'on ne fredonne pas, une musique qu'on écoute en essayant de savourer chaque ingrédient inséré dans ce festin musical, bref après 46 minutes le bras parcours les dernier tours de ce sillon infernal, se relève avec un petit « clac » caractéristique du vinyle qui se termine, et comme l'a dit quelqu'un à propos de la musique de Mozart, le silence qui suit est encore de la musique de King Crimson... Il faut alors un petit, ou un long, moment pour retourner à nos occupations. En général on n’enchaîne pas tout de suite avec un autre album, on est rempli de musique pour un certain temps...

Bonne écoute.

Rebond du Pong : Tony Hillerman.

J'ai oublié... !!! Et puis j'ai hésité ...

J'ai hésité parce que mon Pong sur Oyaté était terminé, le point final était posé. Et point final ça veut dire que c'est la fin... The End autrement dit. Autant dans la famille on s'amuse avec la virgule, autant on respecte le point. Et encore plus le point final. Alors faire un rebond ? C'est pas dans les règles ça... Quoiqu'il n'y ait pas vraiment de règles dans ce jeu de Ping Pong. Juste quelques conventions. Je me suis dit : «  Holà !! Ça peut être la porte ouverte à plein de dérives ce truc là. Tu rajoutes un rebond, puis un rebond au rebond, et encore et encore... et tu te retrouves avec un roman alors que tu étais juste parti pour une petite précision. Importante, certes, mais juste une petite précision... »

Et tout ça parce que j'avais oublié... Alors qu’évidemment Oyaté est LA bande son des romans de Tony Hillerman. Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas y penser dans mon Pong.... Les enquêtes de Joe Leaphorn et de Jim Chee se déroulent dans la région des four corners, dans ces paysages mêmes associés à Mastodon par Mister Ping. Des polars qui en apprennent beaucoup sur les cultures Navajo et Hopi. Par lequel commencer ? La trilogie Joe Leaphorn ? Ou celle qui suit : la trilogie Jim Chee ? Ou le septième roman, celui qui voit les deux policiers se rencontrer et travailler ensemble et qui s'appelle « Porteurs de peau » ? C'est comme on veut, mais moi j'ai un faible pour le dernier. Sans doute parce que c'est le premier que j'ai lu...

Bonne lecture.

Pong Musical – Tony Hymas – Oyaté

Bon. Mastodon ?

Mais quelle idée de s'appeler Mastodon ? Parce que moi ça me fait penser à l’ancêtre de l'éléphant laineux ou du mammouth. Pas le truc léger quoi. Plutôt le genre Humer de la préhistoire. Pas le genre à faire le tour de la hutte quand il en rencontre une. Plutôt le style à rentrer par la porte en l'élargissant un peu vu que les hommes préhistoriques faisaient des portes à leur taille, et pas à celle des Mastodons. Et une fois dans la hutte, comme y'avait pas de porte au fond de la hutte pour éviter les courants d'air à chaque fois que quelqu'un sort pour...bref vous voyez ce que je veux dire, les wc intérieurs n'étaient pas encore inventés, donc vu qu'il n'y avait pas de portes au fond de la hutte le Mastodon s'en faisait une pour sortir, parfois même il sortait avec le toit en paille sur la tête, ce qu'il trouvait fort agréable quand il y avait du soleil l'été.

Et comme l'homme préhistorique était du genre vindicatif il a exterminé tous les Mastodons et les Mammouths, n'épargnant que les éléphants parce qu'eux étaient bien élevés et faisaient le tour des huttes. C'est profondément injuste me direz-vous, oui je vous l'accorde, mais comment le préhistoric-man aurait-il pu savoir qu'il construisait une hutte sur une piste ancestralement utilisée par les pachydermes pour leurs transhumances ? C'est un peu comme si on construisait un chalet pour l'été au milieu de l'autoroute... C'est un peu exagéré ensuite de te fâcher parce qu'un 38 tonnes te l'a transformé en petit bois pour allumer l'insert...

Mastodon donc. Dans mon petit cerveau d'homme à peine post-préhistorique j'entendais déjà des guitares saturées jouant en étant accordées trois tons en dessous du mi habituel, une batterie qui aurait remplacé sa caisse claire par un tom basse et qui enfilerait les quadrubles croches à la grosse caisse, une basse sur une corde et deux cases, et une voix ressemblant aux Orques du Seigneur des Anneaux... Tout ça à cause se cette erreur dans le choix du nom du groupe et de l'avertissement du gars à la queue de cheval sous sa casquette noire et blanche. Attention, qu'il a dit' ça beugle un peu...

Et bien pas tant que ça !!! Et quand ça le fait, c'est bien amené, bien entouré de moments musicaux inventifs, légers. C'est indéniablement un album métal de son époque, mais avec des arpèges acoustiques (intro de The Last Baron), de sonorités seventies (intro de The Czar, guitare de Oblivion à 4 mn 05, coucou David Gilmour...), des ruptures dans la composition, bref les moments qui beuglent sont à leur place. Bref j'ai beaucoup côtoyé le Mastodon, et je trouve ça bien plus varié et subtil que ce que me suggérait leur nom.

Je vois bien le furventesque apprécier cet album en traversant les paysages sans fin et bien plus que désertiques de l'Utah et de l'Arizona pour aller manger un soir au Swinging Steack à Mexican Hat. Et se mettre au fond des rétines le paysage de la Forest Gump Hill. D'ailleurs, si au détour des vingt-cinq bornes de piste caillouteuse de la Valley of the Gods un Mastodon côtoyait une butte rouge, et bien il serait à sa place tant ces lieux semblent être là depuis la nuit des temps. Et même depuis la journée d'avant...

Et dans cette bulle hors du temps où le Mastodon squattait les oreilles du chevelu, entre les miennes résonnait un album on ne peut plus adapté nommé Oyaté de Tony Hymas. Un omni (objet musical non identifié) trouvé à la bibliothèque de Moncoutant. Double album hommage à la culture et la musique des peuples premiers nord-américains. Ça commence avec un feu qui crépite, une chouette dans la nuit, des tambours, un torrent qui s'écoule, la guitare de Jeff Beck, John Trudell qui récite ses textes, et la suite, qui côtoie le Jazz, utilise aussi bien une flûte, un tambour ou une formation de cordes, la suite, donc, m'a emmené dans des vallées paisibles, des plaines immenses, des forets de séquoias géants, des montagnes enneigées, en canoë sur des lacs scintillants, sur un paisible mustang traversant des paysages ocres et désertiques entre mésas et buttes, mais aussi au cœur de combats, de massacres... Tous ces voyages, je les ai faits quinze ans avant d'être à la localisation précise évoquée dans son denier Ping par le fan de Mastodon, et je les ai refaits en direct live en même temps que lui, lui associant ce qu'il voyait avec Crack The Skye, moi en habillant mes visions d'Oyaté...

Pour revenir à Oyaté, c'est le bon album à écouter devant des flammes (allumées avec le petit bois du chalet construit sur l'autoroute...) dévorant des bûches un après-midi pluvieux en feuilletant un bon livre ou, plus moderne, en scrollant des images de ces endroits magiques, l'Amérique aux paysages immenses, celle que l'on aime, celle où l'on croise des Mustangs d'acier...

Bonne écoute...

Pong Musical – Steve Hillage – Live Herald

J'en ai mis du temps avant de répondre au dernier Ping... Il faut dire que pendant tout le mois de décembre j'ai un peu été débordé par un album par jour à écouter. Difficile de reprendre ma respiration... Mais ça y est, c'est bon. Alors parlons de Big Scenic Nowhere.

Moi ça m'a fait penser à un album Live de Tangerine Dream qui s'appelle « Encore ». Les premières voix auraient pu été chantées par un Pink Floyd jeune, l'arrivée de la basse est hypnotique, la batterie lourde et précise, la guitare est grasse juste ce qu'il faut... c'est vrai que Big Scenic Nowhere est hypnotique, c'est vrai que j'ai vu le gars De Gilead, penché en avant pour lutter contre ce qu'il ne sait pas être un Furvent, mais qui en n'est pour autant pas moins redoutable à affronter pour qui veut suivre ce Sentier du Rayon qui le tire encore et encore vers son futur, ouais, c'est vrai que c'est La musique qui accompagne Roland dans sa quête. Certain. Le Gars Aux Cheveux Magiques a encore une fois tapé dans le mille. Comme souvent.

Ou à moins que ce soit une association suggérée par le fourbe... Quand ton cerveau a le malheur d'associer une musique avec une image, une situation, une émotion, pour le meilleur ou pour le pire cette association est scellée pour ton éternité à toi, pauvre humain, semble-t-il. Le Sikaflex à côté c'est de la colle blanche en pot pour classe de maternelle... Quarante ans plus tard, quelques notes de Boogie jouées par une Telecaster traversant un marshall, et tu ressens derrière l'estomac les serrement de tes premiers amours, quelques notes de flûte te ramènent dans une chambre enfumée, lové dans une poire (?), et des synthés du Tangerine Dream évoqué dans le Ping précédent te renvoient à....

….bon, là il faut être honnête, si un de mes enfants lit le passage qui va suivre, il risque d'être traumatisé... Parce qu'on imagine tous être le fruit d'une conception, comment dire, enfin bref, les parents n'ont pas de sexualité, c'est bien connu. Enfin si, mais les autres parents, pas les miens. C'est sans doute pour ça qu'a été inventée la théorie de l'immaculée conception. Pour ça et pour d'autres choses, peut-être, je ne suis pas spécialiste de religion. Pas plus que spécialiste de quoi que ce soit, d'ailleurs, juste curieux de tout. Mais pas de la sexualité de mes parents. Ce qui m'amène à proposer à ma progéniture de ne pas lire le prochain paragraphe. De directement passer au suivant. Ou, si la tentation risque d'être trop grande de carrément fermer cette page, de détruire l'écran de l'ordi ou du téléphone, d'exploser la box à coups de marteau, de masse, de pierre (le minéral, pas un copain qui par malheur s’appellerait Pierre, avec un p majuscule), de faire vœu de chasteté numérique, bref la tentation est un poison, c'est bien connu... Mais rendez-vous plus loin si vous voulez...

...donc les synthés de Tangerine Dream, dans le Live qui s'appelle Encore, quel curieux hasard dont je prends conscience pour la première fois en écrivant ces lignes, sacré travail de Psychanalyse à faire bien évidemment, bref ces synthés me renvoient à un sentiment de plénitude, un relâchement, une zénitude, comme seuls on en connaît après une séance de jambes en l'air particulièrement longue, épuisante et satisfaisante. Quoi ? C'est tout ? Rien de plus ? Pas de noms ? Pas de détails ? Pas d'images, de positions évoquées, décrites ? Ben non, désolé, c'est une partie intime de ma vie, des souvenirs que je tiens bien au chaud en moi, des moments privés vécus dans ma chambre où la tapisserie psychédélique orange des années soixante dix se mariait bien avec mes posters...

...coucou les enfants, vous revoilà ? J'en suis ravi.

Mais parlons plutôt de Live Herald. J'avais acheté le 23 décembre 77 et beaucoup aimé l'album studio qui le précède, « Motivation Radio ». Alors quand l'occasion s'est présentée le 13 mars 78 de faire Poitiers – Limoges à 5 dans une 4L pour aller voir Steve Hillage, et bien je ne l'ai pas ratée. Je ne me souviens plus si j'ai acheté Live Herald avant de le voir en concert ou après. En tout cas c'est exactement ce concert que j'ai vu. Ça commence fort avec cette descente de guitare, ce petit moment planant avant d'attaquer le riff bien Rock de « Salmon Song ». Vous n'aurez  pas longtemps à attendre pour vous évader tranquillement avec la guitare et les synthés qui vous tisseront un petit tapis douillet sur lequel vous pourrez vous allonger pour aller faire un petit tour... Petit le tour, parce qu'il faudra vite revenir pour goûter à nouveau de cette guitare à l'accent Rock Le second morceau commence calme, avant l'arrivée d'un combat de Moog contre guitare avec une batterie et une basse qui font bien leur boulot pour mettre en valeur cet affrontement, cette association de moments planants et de moments rock. Le troisième morceau « Castle In The Clouds » introduit en douceur le « Hurdy Gurdy Man » piqué à Donovan, la guitare se lance dans un très bon solo, avant que le morceau n'aille titiller le public, le poussant à remuer un peu et battre des mains, la suite n'est qu'une montée infernale de la guitare, du rythme, avant une explosion finale.

Bon, je vais pas vous décrire chaque morceau... Sachez seulement que c'est de la guitare Rock, mais pas seulement, qu'il y a des moments avec des synthés et séquenceurs bien planants, mais pas seulement, que ça tire même un peu sur le progressif, mais pas seulement. L'utilisation de nombreuses pédales d'effets, de bande pré-enregistrées, l'attention apportée au son, à l'équilibre, la qualité des musiciens, dont, cocorico, un français à la guitare rythmique, Christian Boulé, et, cocorico à nouveau, Miquette Giraudy au triturage des claviers et séquenceurs, en font un disque intemporel, bref c'est de la très bonne musique.

Petit message pour les puristes. Les trois premières face du Vinyle étaient enregistrées Live, la quatrième face était constituée de quatre morceaux studios. La ré-édition CD ne concerne que la partie Live. Les quatre morceaux studio se trouvent sur le CD « Open ».

En ce qui concerne Big Scenic Nowhere, ça restera attaché à la traversée du désert du Pistoléro, comme Tangerine Dream est attaché à.... eh, vous croyiez que j'allais vous le dire ? Secret je vous ai dit....

Bonne écoute.

Panique !!!!

Oh oui, panique !!! Pas comme Widespread Panic, excellent groupe aussi célèbre à l'Est de Brest que méconnu à l'Ouest. Par contre à Brest même, là j'avoue que je sais pas... Free Somehow, Earth To America et Dirty Side Down... Entre autres. Si ça c'est pas des bons albums, alors je m'engage à me faire l'intégrale de Dick Rivers sur une semaine... C'est vous dire si je suis téméraire... Mais je ne prends aucun risque en fait.

Bref panique parce que ce matin, comme chaque matin depuis le début du mois, je cours chercher mon pain quotidien, ma nourriture du jour, et là un rapide (c'est bien là le problème) coup d’œil me suffit pour me dire : « Ah.... », ce qui en fait est la traduction rapide de « Merde, l'a pas eu le temps de s'y coller le Coco, C'est toujours la proposition de Rage Against The Machine... Bon ben je vais me refaire un thé et je reviendrai plus tard. » Et je suis revenu, plusieurs fois jusqu'à la découverte de la faille temporelle : le 15 décembre était à la fois le J-10 et le J-9 !!! Deux propositions la même date, mais pas le même J. Alors en ce moment même j'ai les Winery Dogs dans les oreilles avant d'aller voir Haken...

Voilà, c'est tout ce que j'avais à dire pour aujourd'hui.

Pong musical : Ose – Adonia

Bon, alors là je suis embêté. Je suis désolé de le dire, mais je n'ai pas accroché... Alors je me suis accroché et j'ai écouté une nouvelle fois, puis encore une autre …. Et je n'ai toujours pas été conquis. Attendez, attendez, je dis que je n'ai pas été conquis, je ne dis pas que je ne le suis pas maintenant.... Je me suis dit que si le Furventesque me tendait cette perche musicale, je pouvais m'y accrocher. Cette perche ne pouvait que être solide, que m'y suspendre me ferait passer d'un rivage à un autre, et que derrière ce rivage se cachait un pays de vallées et de collines que je ne connaissais pas, un pays que Zéphyrin voulait me présenter.

Alors j'ai continué à écouter, et surtout j'ai arrêté de faire autre chose en même temps. Pas de mots fléchés, pas de mots croisés, pas de sudoku. Bref tous ces trucs sensés stimuler l'irrigation de mon cerveau afin de préserver ses fonctions malgré l'âge qui avance et qui réduit progressivement le nombre de neurones en état de fonctionner. Bon, je dis ça, mais en fait c'est plutôt que ça m'amuse de le faire. Pas d'objectif « Prévention de la Déchéance » derrière tout cela... À ce propos, j'ai récemment entendu que les dernières choses qui restent quand un cerveau croise Mr Alzheimer, et bien ce sont les émotions et la mémoire musicale...

C'est vrai que la mémoire musicale....Je vous ai déjà dit qu'il y a quelques années (décennies) j'enregistrai les vinyles des copains sur des K7 ? Oui, je vous l'ai dit... Ceux qui suivent s'en souviendront, ceux qui ne sont pas attentifs n'ont qu'à mieux réviser leurs leçons. Or donc il y avait trois problèmes principaux : Le premier, inévitable, était les craquements dus aux poussières, aux saphirs pour les « tourne-disques », ou diamants pour les « chaines », qui dérapaient en créant une belle rayure qui produisait un joli « clac-clac-clac » régulier de quelques secondes ou dizaines de secondes, ou au bras de lecture qu'on posait et reposait devant LE tube de l'album, et qui là encore pouvait laisser une trace en forme de « clac »... Le second, dû au réseau électrique, était la sonnette de l'épicerie d'à côté : à chaque fois que la porte s'ouvrait, et se fermait...., il y avait un joli parasite qui s'enregistrait. Donc, si on me prêtait un disque pour l'après-midi seulement, ce qui était assez courant, j'enregistrais un vinyle et des parasites plus ou moins nombreux selon la fréquentation de l'épicerie. Le troisième, était dû à mon tourne-disque : avant d'avoir ma chaîne (Dual, une marque Allemande...), j'ai tout enregistré en mono... Si vous vous attardez sur le mixage des années soixante, vous verrez que la mode était souvent de tout mettre au milieu, et les solos d'un seul côté... Si bien que j'ai en mémoire des chansons des Beatles sans les solos de droite, ce qui fait que quand je les écoute maintenant je suis surpris de leur présence... Comme je suis surpris de l'absence de craquement ou de parasites sur les premiers albums entrés dans ma mémoire musicale... Bref, si dans quelques années je vous soutiens que tel morceau des Beatles n'avait pas de solo de guitare, ce ne sera pas une manifestation de mauvaise-foi, ce sera juste les prodiges de la mémoire musicale...

Donc j'ai écouté et j'ai réussi à entrer dans la contrée qu'on voulait me faire visiter. Le Theremin du premier morceau avec un vibrato diablement efficace, la trompette, mais aussi les sons sur la fin du troisième morceau ont eu besoin de plusieurs écoutes pour qu'enfin je rentre dans cet étrange univers. L'étrangété de la voix, l'originalité des sonorités, la lenteur me sont alors apparues comme des éléments d'un paysage, certes différent, mais agréable et apaisant, propice aux divagations de l'esprit... Une bien belle proposition encore une fois. Déstabilisante, je l'ai déjà dit, mais qui vaut le coup de persévérer.

Alors à mon tour de proposer : quand, pour décrire Eos, Furvent Ier a parlé de nappes de synthé et de contrées désertiques, je me suis dit que j'avais ce qui conviendrait pour mon Pong. Plusieurs albums, plusieurs groupes, pouvaient convenir, mais c'est « Ose » qui s'est imposé avec l'album « Adonia ». Album de 1978, typique de ce que pouvait alors être ce qu'on appelait « Musique Planante ». Des synthés, des synthés et encore des synthés. Ce que détesteraient peu après les Punks.

Des synthés, oui, mais pas ceux des années 80, pas les DX7 de chez Yamaha avec leurs sonorités pré-réglées qu'on entend sur tous les tubes de cette époque, non, là c'est des Moog à foison, des ARP, des Oberheim, des synthés où les sons sont travaillés, profonds. Des synthés tous pleins de boutons, de curseurs et de petites lumières qui clignotent. Et puis une guitare. Le tout composé et orchestré par un français qui était aussi journaliste à « Best » ou « Rock & Folk », les deux magazines indispensables pour s'informer en cette époque lointaine et pré-internet. Un album où l'on prend son temps : les thèmes sont développés aussi longtemps que nécessaire, les intros prennent leur temps d'introduire, les couches se superposent lentement, avec précision. Un album à écouter « de préférence allongé, un casque sur les oreilles et en fermant les yeux », comme le dit le minot.

Bonne écoute à vous.

Pong Musical : Emerson, Lake and Palmer - Brain Salad Surgery

Ohhh : Pain Of Salvation !! Si je connais ?? Euhhh, disons que le boîtier...vide..., je le connais bien... Bref, disons que le boîtier (vide) m'a regardé durant de nombreuses années essayer de produire de la musique sur mon clavier. Boîtier posé sur l'étagère de gauche quand je suis au piano, de droite quand on regarde la fenêtre... Encore une preuve de la théorie de la relativité. L'album, c'était « Remedy Lane ». Jolie pochette.

Je savais que Pain Of Salvation était un membre de la confrérie des Métalleux. Facile à deviner : le Furventesque était un grand écouteux de Métal. Oh bien sûr, son oreille s'égarait souvent vers des classiques du monde Rock, mais elle revenait toujours à son port d'attache. Là où il se sent bien, au chaud, à l'abri, dans son monde, entouré de ses amis qui jouent en Drop D... Métallerie, certes, mais quel Death ? Progressif ? Rugueux ? Grandguignolesque ? Mélodique ? Mystère pour moi...

Jusqu'à aujourd'hui : maintenant je sais : (on peut mettre deux fois deux points dans une phrase ? Je sais pas trop en fait : ça fait bancale, je vois bien, en même temps ma pensée me dit de mettre deux fois deux points, alors je fais. Point.) : Pain Of Salvation fait partie des bons groupes, de ceux qui te font un album qui se révèle meilleur à chaque écoute. Souvent les albums conseillés par l’échevelé me font cette effet. Il me faut quelques écoutes pour en tomber très amoureux. Et à chaque fois c'est pareil, immanquablement je tombe très amoureux.

Moi, ça me convient, ce type de comportement antédiluvien : un album : une écoute, deux écoutes, trois écoutes, quatre écoutes, etc , etc... Bon, je sais, je me suis encore laissé aller au coup des deux fois deux points. Je sais pas ce qui m'arrive, ça me vient comme ça ce soir... Bref, autant actuellement la musique peut dégouliner à flot des tuyaux de l'internet, autant elle était rare dans les années 70. 1970, pas 1870... Et l'esprit non distrait pas tout un tas d'écrans à cause que il n'y avait qu'un écran noir et blanc à la maison. Il y avait bien des écrans de montre ou de réveil, mais c'est pas la même chose. Essayez pas de m'embrouiller... Bref l'esprit libre pouvait revenir encore et encore sur un album, bien le presser pour en recueillir toutes les gouttes musicales. Il était alors temps de passer à un autre. Inconsciemment je fonctionne encore comme ça, et avec un album comme « Panther » c'est ce qu'il faut.

Premier morceau : il suffisait d'attendre une minute, et la voix est venue me cueillir histoire de bien me faire comprendre que l'émotion allait être présente dans cet album... Et tous ces sons, tous ces sons... Second morceau : une petite guitare slidée et après une intro au marteau pilon, on reste dans du lourd. Troisième : un son envoûtant, vocoder utilisé juste ce qu'il faut, batteur qui nous promène et qui est d'une précision... Quatrième : intro au piano, on peut penser à Riverside avec la voix, la guitare cousine avec Pettrucci, la basse s'amuse avec le batteur, et au final c'est un morceau à écouter encore et encore. Déjà j'ai la langue qui pend et je bave. Et je ne suis qu'à la moitié de l'album... Sans savoir que la suite hausse le niveau, si c'est encore possible... Et Bien si. Excepté un intermède façon BO de western des années 70. On y revient toujours... Keen To A Fault trouverait bien sa place dans Six Degrees... Panther est digne d'un grand Peter Gabriel : travail du son, des rythmes, des breaks. Un tube pour moi. Species commence comme un bon Led Zep, et se terminera aussi en me rappelant « In My Time Of Dying ». Et je défie quiconque d'écouter le piano d' « Icon » sans que les mélodies ne pénètrent bien loin dans sa mémoire musicale.

Au total ? Encore une petite perle, un album qui m'apporte quelque chose de nouveau à chaque écoute. Le pied quoi.

Bon, à mon tour maintenant. Allez les petits n'enfants, on s'assoit en arc de cercle devant Papy Jnb et on écoute son histoire.

Or donc, en ces temps reculés, Sir Keith avait un dragon qui crachait des flammes comme mille forges réunies, comme jamais un volcan n'avait fait, et qui … euh.., non, je me trompe. Je reprends : Or donc, en ces temps reculés, à côté des vinyles et des K7 C60 et C90 (les C120 sont apparues plus tard) on trouvait des K7 enregistrées, au même prix que les vinyles si mes souvenirs sont bons, mais sur ce coup là mes souvenirs ne valent pas grand chose. L'avantage : tu pouvais l'écouter sur un lecteur portable. À part ça : rien. La bande finissait toujours pas s’emmêler ou se casser, le son des lecteurs portables était plûtot nul et la pochette était une feuille de papier avec des photos minuscules, des textes si petits qu'ils te donnaient un avant goût de la presbytie... Et il fallait à chaque fois se battre pour replier le papier comme il l'était au début, sous peine de ne plus pouvoir le mettre dans le boîtier... Bref, le Vinyle offrait un bien meilleur son et plus d' heures à jouer avec les pochettes, à lire encore et encore le nom des musiciens, du producteur, des studios, les textes parfois, les photos souvent.

La seule que j'ai achetée, c'est « Brain Salad Surgery » d' Emerson Lake and Palmer ou ELP. Je crois que « Panther » flirte souvent avec le progressif, ce qui m'a donné envie de vous parler d' un ancêtre du genre : Emerson (Keith), Lake(Greg) and Palmer(Carl). Soit trois musiciens présentés comme un des premiers « SuperGroupe ». Gros argument marketing de l'époque. Moi je les définirais plutôt comme un Power Trio, sauf qu'à la place de la guitare tu mets un clavier, enfin plein de claviers. Et le claviériste c'est Keith Emerson, un mec habité et déjanté, le roi de tous les Moog pas encore sortis, qui martyrisait son Hammond sur scène en y plantant des couteaux, en le secouant dans tous les sens, en le jetant à terre. Un comportement de Guitar Hero, mais avec un clavier...

Ça commence avec « Jerusalem », morceau un peu grandiloquent peut-être... Puis vient « Tocata ». Long instrumental, musicalement il y a de quoi se mettre sous l'oreille. Là encore de nombreuses écoutes révèlent toujours un petit passage passé inaperçu la fois d 'avant... Ensuite une petite douceur, faut bien faire son beurre en passant à la radio. Mais c'est quand même une bien belle chanson. Ensuite on a un OMNI... Objet Musical Non Identifié. Je comprends toujours pas...

Et on arrive à Karn Evil 9. Morceau en trois parties. La première étant elle-même divisée en deux parties. Le morceau était trop long pour tenir sur une face... Que ceux qui aiment les claviers se préparent à un petit feu d'artifice... Le mélange des sons sortants des différents Moog et de ceux plus classiques du Hammond ont vraiment très bien vieilli. La basse et la batterie sont à peu près au même niveau...

Bon, je cause je cause, mais j'en étais où de mon histoire, moi ? Ah oui : Or donc, en ces temps reculés, Sir Keith avait des Moog qui crachaient du feu, un Hammond, et divers pianos et clavecins qui les accompagnaient . Sir Greg, fidèle compagnon, se tenait toujours à ses côtés, prêt à faire vrombir son bâton de Tonnerre. Sur l'autre flan, non moins fidèle compagnon, Sir Carl était considéré dans le royaume entier comme le Maître des Tambours de Guerre, tambours grondants et déroulants capables de terrasser n'importe quel ennemi. Tous les trois étaient si redoutables, qu'après leur passage on devait fréquemment avoir recours à de la « Brain Salad Surgery » pour se remettre. Voilà. Fin de mon histoire.

Ah non, je vous ai pas dit pourquoi il faut écouter ELP : parce que c'est énergique, mélodieux, très bien construit : Bref, c'est de la Bonne Musique. Vrai fin de mon histoire.