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from Des mots en plein Furvent

Et encore un coup magistral de la part du mec possédant un établi à roulette. Quand tu sors la carte Beatles il y a deux écoles. Les bien-sûr que oui, bien évidemment et les c'est de la merde. Cette dichotomie est d'une profonde tristesse, comme toutes les séparations binaires en sommes, simplistes et bien trop réductrices pour pleinement représenter la réalité.

Avec ces deux albums, j'ai retrouvé avec plaisir beaucoup de morceaux connus, mais aussi des moins connus et ce fut un plaisir. J'aime le groupe, je n'en écoute presque jamais (sauf au boulot pour faire bouger les vieux) mais c'est toujours un délice lorsque je tombe dessus, me repassant l'album deux fois histoire de sucer l'os jusqu'à la moelle.

Il y a de tout comme le dit si bien M. jnb, tu peux te laisser bercer par les mélodies, te plonger dans les arrangements absolument dingues, et bien plus. La puissance créative de ces quatre bonhommes est assez dingue quand on se penche sur l'oeuvre qu'est la discographie du groupe.

Choisir une réponse fut une nouvelle fois ardue. Il y avait bien les albums colorés de Baroness mais, je n'étais pas complètement convaincu par ce choix.

En creusant un peu je me suis rendu compte que peu importe le morceau des Beatles, cela me faisait du bien, me donnait le sourire. Et lorsque la musique te rend heureux c'est le jackpot.

Les neurones en ébullitions, une idée jaillit alors dans mon esprit. Il y a bien un groupe qui me fait penser en tout point aux Beatles, un groupe qui me surprit tant sa musique offre plusieurs grilles de lecture. Cela fait relativement peu de temps que j'écoute ce groupe, tout juste un an je crois, je me revois partant au boulot, seul sur la route, seul partout, en profitant alors pour prendre des chemins de traverses, s'arrêter pour regarder la Loire, putain que c'est beau un lever de soleil sur l'eau alors que le monde est confiné, une certaine tranquillité, sérénité. Donc ouais ça doit faire tout juste un an, et c'est déjà pas mal.

C'est donc avec grand plaisir que je propose l'album Act IV: Rebirth in Reprise du groupe The Dear Hunter. Et comme monsieur trois lettres m'avait pondu deux albums sur un pong, je lui offre un choix, un dilemme peut-être pour ce boulimique auditif. Ou peut-être est-ce alors une évidence, que les cartes sont déjà dévoilées, que les jeux sont faits.

Car The Dear Hunter avec cet album sorti en 2015 continue une oeuvre débutée en 2006, se poursuivant même en 2016 avec un Act V. Il est alors intéressant de remarquer l'évolution du son, l'évolution du chant (et ça part de loin…), cependant la qualité d'écriture est presque irréprochable, sur tous les albums.

Comme avec les quatre garçons dans le (fur)vent, la musique du cher chasseur me rend joyeux, me donne la banane à chaque fois. Peut-être est-ce dû au fait que j'ai l'impression d'écouter une histoire, un conte mise en musique. Et c'est évidemment le cas si on prend l'histoire racontée dans sa globalité sur les cinq albums. La musique renforce la narration et le chant vient sublimer la musique, tout est en place pour produire un album d'exception.

Le mélange choeur et instruments à vent embarque l'auditeur dès les premières secondes, je suis toujours admiratif de l'écriture de telles parties. On ressent une parfaite synthèse de l'histoire musical occidentale.

Avec The Old Haunt les codes de la musique pop sont respectés, le morceau pourrait très bien passer sur les ondes (est-ce encore un truc ça, un objectif ? en 2021 ?) et pourtant les variations de rythmes, les alternations rythmiques entre guitares et voix en font quelque chose de bien plus sophistiqué qu'en apparence. At the end of the earth possède sûrement une des plus belles parties vocales de l'album, forte en émotion et avec des choeurs absolument magnifiques.

Il en va de même pour le reste de l'album, un vrai plaisir, total même tant la musique et la narration ne font qu'un.

Bonne écoute.

Ah oui et si cela intéresse quelqu'un, le groupe a également pondu un album intitulé The Color Spectrum, morceaux issues d'une collection d'EP, une représentation expérimentale des couleurs. On y retrouve e l'électro, du rock, hard aussi, de la pop, et encore d'autres variations. Attention cependant l'album dure deux heures et demie et tout n'est pas d'un niveau égal. En revanche si cela vous intéresse de découvrir les expérimentations de Casez Crescenzo alors foncez, il y aura certainement de quoi contenter vos oreilles.

https://musicbrainz.org/release/df96e4ee-ee90-49ad-89c2-3352bf6fb204

 
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from jnb

Tranches de vie: L'inspecteur et le médecin légiste..

Depuis toujours il avait aimé classer. D'abord observer, chercher la case, et, s'il ne savait pas, émettre des hypothèses, ce qu'il appelait hypothèser, chercher et trouver la solution, puis ranger dans la bonne case, ou en créer une nouvelle si besoin, et quand la chose était enfin rangée il éprouvait une paix intérieure qui l'envahissait par vagues concentriques en partant d'un point qu'il situait, grâce à l'observation de Pat'thanatos dans ses lentes explorations, proche de la rate.

Il avait commencé par des pierres trouvées ça et là alors qu'il allait d'un point à un autre. Il ne cherchait pas, non, les objets à classer croisaient son chemin, c'est tout, et il éprouvait alors le besoin de s'en saisir et de les classer. Il n'allait pas dans les brocantes, les marchés aux puces ou les vide-greniers à la recherche de l'objet rare. Il laissait ça à ceux qui soignaient leurs névroses avec des collections qui finissaient par les envahir et les étouffer jusqu'à en mourir intérieurement.

Après les pierres il était passé tout naturellement aux timbres, ce qui n'a rien d'original. D'ailleurs original n'était pas un qualificatif qui lui allait... La collecte de timbres s'était effondrée avec l'essor des mails et des envois groupés pour les factures. Celle des fèves, grâce à l'originalité de la confédération des boulangers-pâtissiers fonctionnait bien les trois premiers mois de l'année. Celle des pin's, elle, semblait se tarir.

Mais ce qui l'agitait le plus intérieurement, c'était le type qui était devant lui : une énigme pour lui ce Pat'thanatos. D'autres l'appelaient autrement, mais pour lui c'était Pat'thanatos . Une énigme, donc. Le gars ne parlait jamais de lui. Et en tant que policier il savait que la plupart des gens parlent d'eux. Toujours. Dans une conversation, tu avait souvent deux personnes, ou plus, qui parlent, mais très rarement au moins une personne qui écoute. Raconter ses vacances, ses enfants, ses beaux-parents, sa vision politique, ok, mais pourquoi écouter les vacances des autres, leurs enfants, leurs beaux-parents, leurs avis politiques ? Aucun intérêt.

Les seuls éléments de sa vie que l'on connaissait, c'était son amour du foot et de la musique country. C'était pas difficile à voir : un type d'un certain âge, enfin d'un âge proche de la retraite, qui se baladait toujours vêtu d'un maillot de foot et coiffé d'un magnifique Stetson vissé sur la tête, même pendant qu'il officiait en tant que médecin légiste. Il avait autant de maillots de foot (enfin des maillots publicitaires) que de couvre-chefs. Des maillots anglais véhiculant les logos de banques, de compagnies aériennes, de marques de voitures,de sites de paris sportifs, même de plus en plus des maillots avec des idéogrammes chinois intrigants, des idéogrammes qui disaient peut-être « celui qui me lit est un idiot », va savoir, ils ont peut-être le sens de l'humour ces chinois qui achètent des clubs de foot comme d'autres achètent une Audi pour montrer qu'ils ont réussi dans la vie. Des maillots allemands, espagnols, italiens, et même des français, alors qu'il disait souvent : « En france on a la meilleure équipe du monde, mais les joueurs jouent à l'étranger. Résultat : le chanpionnat m'emmerde. » Question Stetson, il y en avait aussi beaucoup : des durs, des mous, des à bords droits, d'autres à bords tombants, dans une infinité de variations beiges.

Il ne parlait donc jamais de lui. Exclusivement de foot et de son idole : Willie Nelson. Mais aussi de Merle Haggard, Emmylou Harris, Linda Ronstadt, Garth Brooks, Charlie Daniels ou Vince Gill. Et de plein d'autres, adeptes ou nom de la pedal-steel, du violon ou de l'harmonica. Mais toujours de la bonne vieille six cordes acoustique. Si on ne voulait pas passer une journée entière dans cette morgue où il faisait froid et dont l'odeur typique de désinfectant et de corps dont la vie est partie pénétrait vos vêtements et enrobait vos cheveux, si bien que l'inspecteur à chaque fois qu'il y allait, c'est à dire assez souvent, et sans doute pas mal de fois dans cette affaires de corps enterrés dans un potager, bref à chaque fois il repassait chez lui prendre une douche avec shampooing, et mettait toutes ses fringues dans la machine à laver sans passer par la panière dédiée au linge sale, et lançait un programme à haute température, en surchargeant le compartiment à adoucissant pour chasser cette putain d'odeur, donc si on ne voulait pas passer sa journée à écouter Pat'thanatos dérouler, il fallait l'interrompre rapidement.

Ne sachant rien, l’inspecteur hypothésait. Pat'thanatos était un type brillant, avec des connaissances étendues et une intelligence vive. Ses observations et ses déductions étaient parfois surprenantes, mais s'avéraient toujours justes. Dans le cas du gars Raphaël, alors que l'inspecteur pensait qu'il avait d'abord été tué, puis que le meurtrier avait placé un hérisson mort dans sa bouche pour signer son crime ou envoyer un message, le légiste avait dit d'entrée de jeu : « Vu l'état de décomposition du corps et celui du hérisson, le hérisson est mort après le corps. Le hérisson a dû entrer et se coincer les piquants dans les mâchoires, et comme ce con n'a pas pu reculer, il est mort sur place. Pourquoi il est rentré ? Tu vas voir, on va trouver un fruit... » Et Pat'thanatos avait trouvé la pomme toute rabougrie dans ce qu'il restait de la trachée artère... Mais vu la position du corps, tranquillement allongé, le type n'était pas mort asphyxié. Sans doute une rupture d'anévrisme au niveau du cerveau... » Et quelques dizaines de minutes plus tard : « Bingo ! Une pomme !»

Brillant, c'est sûr. L'inspecteur hypothésait un type qui se rend compte que le médecin perd toujours, que la mort finit toujours par prendre ceux qu'il soigne. Par contre le médecin légiste redonne de la vie à ceux qui sont mort. Il redonne de la vie à un cadavre en parlant de ses derniers instants. C’est lui qui gagne dans son combat avec la mort.

C'était une hypothèse, mais l'inspecteur ne savait toujours pas dans quelle case ranger Pat'thanatos... Et une question restait : pourquoi ne parlait-il jamais de lui ?

 
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from jnb

Pong musical – The Beatles – Album Rouge 1962-1966 et Album Bleu 1967-1970

Bon, je me cale le casque bien serré sur la tête, histoire qu'aucune note ne s'en échappe, non, tout pour mes oreilles, j'en profite aussi pour me caler dans mon fauteuil préféré, et j'appuie sur le bouton à déclencher les endorphines. Et puis, des sons étranges me parviennent, des voix s'époumonent dans le lointain, des guitares cachectiques tentent de se faire entendre... Bizarre, étrange... C'est pas du tout ce que m'avait promis le Pain Of Salvation fan, les fans doivent dirent POS d'ailleurs, comme les vieux comme moi disaient ELP, BBA, par exemple... Il a du se prendre les cheveux dans le tapis le Furventesque, s'éclater la tête sur le coin de la cheminée qui cheminait en ce jour humide de printemps qui ressemblait à un jour d'hiver humide...Le second morceau me balance la même bouillie.

Je suis déstabilisé. La petite blague dure un peu longtemps je trouve... Et puis je trouve au fin fond de ma perplexité une idée qui passait par là, qui a sans doute vu ma tronche défaite, et devant tant de désarroi me souffle que peut-être, je dis bien peut-être, le problème vient de moi, bien que généralement le problème vienne des autres, pas de moi, c'est bien connu. Bon, je vous la fais courte : toujours bien insérer la prise mini jack dans l'orifice prévu.

Et ensuite j'ai vécu un très bon moment musical. Les endorphines sont venues en quantité importante. Et je me suis demandé pourquoi je connaissais Transatlantic, pourquoi je connaissais aussi Spock's Beard ou Dream Theater et pas POS (je peux, je suis fan...) ? Le nom ? Pain Of Salvation m'aurait évoqué un truc genre souffrance de la rédemption judéo-chrétienne ? Je vous ai déjà parlé de ça à propos de Mastodon, mais bon, on juge bien les humains sur des a-priori, pourquoi pas le style d'un groupe sur les mêmes a-priori ?

L'ondulé capillaire avait raison : c'est riche. Les parties puissantes alternent avec d'autres d'une délicatesse éthérée, et tout s’écoule fluidement, tout semble simple et évident, juste et à sa place. Bon, je vais pas vous faire l'article, l'anti-fan sardouien vous l'a déjà fait. Un seul reproche : pourquoi ne pas m'avoir donné ça il y a dix ans ?

Pong donc. Remedy Lane / Penny Lane (Penny Lane is in my ears and in my eyes...). C'était d'une évidence imparable...

Si tu es né dans les années soixante, tu a toujours vécu avec les Beatles. Au début, tout minot c'était avec la radio, entre deux « variétés françaises » mais piquées outre manche ou atlantique, et honteusement dénaturées, adaptées avec un mauvais goût issu des bals musettes, bref, parfois arrivait un ovni musical avec des arrangements surprenants, des sonorités nouvelles. Là où en France on collait des violons calés sur la mélodie, les Beatles te balançaient des passages d'orchestre symphonique, des empilement de parties complexes, des cuivres, des violoncelles, des chœurs immenses et plein d'instruments originaux. Mais faut pas croire, les radios passaient peu les Beatles à cause de toutes les Stars Françaises...

Je connaissais pas de personnes ayant des albums avant qu'en 74 je puisse me copier les 54 morceaux des albums rouge et bleu. Qui sont des compilations, que des classiques dans l'ordre de parution. Ce qui permet de mesurer l'évolution des compositions... Et j'ai écouté. Distraitement ou attentivement, ça dépendait. Parce que tu peux écouter en musique de fond, des mélodies toujours divertissantes, ou attentivement, et là tu entres dans un monde de découverte infini : je défie quiconque de tout avoir repéré et d'être lassé de redécouvrir le petit contre chant de la flûte dans The Fool On The Hill ou l'utilisation d'une guimbarde... A Day In The Life : une petite cinquantaine de musiciens, pas moins de cinq pianistes différents sur cinq pianos différents... enregistrement du 19 janvier au 22 février...

Le gros problème avec les Beatles c'est qu'on connaît trop, donc on n'écoute plus. Mais moi j'ai eu la chance de ne pas trop connaître ces 54 morceaux, donc j'ai écouté, attentivement, avidement, gourmandisement. Et je continue.

Bonne écoute.

 
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from Des mots en plein Furvent

« Bon Patrick, je sais bien que la retraite approche à grands pas, mais là faut que tu t'y mettes un peu. Le match d'hier était une purge, la faute à l'arbitre assurément, point. Alors on s'y met et à 16h30 on débauche d'accord. Je veux pas encore faire des heurs supp' jusqu'à 17h13. »

Le monde des médecins légistes était abrupte, dur et hostile. Patrick le savait que trop bien, lui qui avait fait sa carrière ici, un dinosaure dans le service, qu'on surnommait affectueusement Pat'folle et parfois Pat'molle.

Tout dépendait de l'état de Patrick, si sa jambe le lançait et provoquait ainsi une démarche atypique (sûrement dû aux longues heures de danse country et french cancan avec Marie-Louise, la vendeuse de colliers ésotériques sur le marché, et accessoirement une très, trop bonne amie.) alors c'était le premier et, bien souvent, lorsque'il se pensait déjà à la retraite alors c'était le deuxième. La conjugaison de l'un et de l'autre n'était pas impossible et alors Patrick se transformait en Pat'ravay, un modèle de fonctionnaire à l'ancienne comme on en fait plus, un véritable dieu de la glandouille, doté d'un instinct rare en matière d'esquive de tâches.

Notre ami renvoya donc le corps de notre défunt Raphael et attendit le prochain, feuilletant son catalogue de voyages du CA. Son esprit était déjà sous les cocotiers. Alors qu'il reluquait le postérieur peu vêtu d'une mannequine spécialisée dans les catalogues de voyages (Il devait certainement y avoir une formation spécifique pour cela) un corps arriva.

Patrick ressentit de suite une soudaine envie de pot-au-feu, d'une bonne bouffe entre amis autour d'une bonne bouteille (assurément un Saint-Nicolas ou un Champigny, la crème de la crème) conclue par la traditionnelle partie de Dr Maboule, on ne se refait pas. Cette subite envie n'était pas arrivée dans un coin de son cerveau par hasard, mais cela notre ami ne le savait pas encore.

Alors qu'il récupérait le dossier de la victime, tournant les feuillets avec délicatesse, ses mains gantées étant de véritables machines à tuer pour ces fines feuilles de papiers, une vraie boucherie si on ne faisait pas réellement attention, il fût pris d'un vertige.

« C'est quoi ce bordel nomdidiou !? » s'écria Patrick à la lecture du dossier. Le policier, interrompu en plein ménage nasal, ricana nerveusement et dit que la victime était la toute première d'un nouveau genre, celle d'un tueur mystico-écolo.

L'homme gisant sur la table s'appelait Martin, 27 ans, un jeune débrouillard et aimé de tous, ayant eu le malheur de faire de l'autostop sur la voie communale 28 entre Chatouin-le-pres et Dramart-en-rate. Martin avait entrepris, il y a deux mois de cela, un voyage initiatique à la découverte de notre ruralité, explorant les méandres champêtres et prêtant ses mains et sa force contre le gîte et le couvert. Voyager simplement, se reconnecter avec les gens, les vrais, avait toujours été un motto pour Martin. Peut-être était-ce cette naïveté innocente qui lui avait couté la vie. Car un beau matin, sur cette route communale toute cabossée par les allers-retours des tracteurs, il avait rencontré un homme, quand bien même on puisse encore le.nommer ainsi.

« Et c'est la seule victime pour l'instant ? » demanda Patrick au policier.

« Ah ben ça non Pat', je pense que tu as toute une récolte qui arrive, trois rangs de 27 ans, deux pieds de quinquas, un composte de sénior et de petits plants d'adolescents »

« Putain mais qu'est-ce que tu racontes là, tu passes bien trop de temps chez Gamm Vert toi »

« Pat', je pense qu'il serait judicieux que tu essaies d'activer les quelques neurones présents dans ton cerveau, on parle ici d'une récolte de victime, sur une terre argileuse en plus alors notre gars n'est pas un amateur. Pat', ces victimes proviennent d'un potager... »

Subitement, le cerveau de Patrick se mit en ébullition, tel un Sherlock Holmes, tout prenait sens et il comprenait maintenant. Il avait affaire à un meurtre, un parmi tant d'autres. L'oeuvre d'un type dérangé, qui prenait les personnes en stop pour, semblerait-il de part sa brève observation du corps, leur assenait un bon coup de pelle sur la tête pour ensuite les enterrer dans son potager. Un grand malade, un de plus.

Patrick se rappela de cette sordide affaire du tueur à linge, épinglé par un voisin un peu trop voyeur alors qu'il étendait sans complexe sa victime sur le fil à linge après l'avoir bien repassé et aplatit, sans oublier le lavage à haute température pour tuer les germes et la lingette anti-décoloration histoire que la peau de la victime ne soit pas altérée par les teintures de ses vêtements. Une sombre histoire qui avait donné lieu à une course poursuite mémorable où les policiers partirent à la poursuite du tueur fou, ce dernier prenant soin de brouiller les pistes en positionnant des pastilles d'adoucissants sur des chemins erronés et tendaient des pièges mortellement glissants à nos deux valeureux soldats de la loi en aspergeant le sol de son mélange (non-breveté) de soude et lessives. Une glissade vous cassait un membre, la soude finissait le travail...

« Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris » souffla Patrick alors qu'il retroussait ses manches. Il inspira un bon coup, remercia ses parents de l'avoir obligé à choisir latin au collège, jura que plus jamais il n'achèterait de produits bios puis entama sa danse de scalpel, sa dernière danse.

 
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from Des mots en plein Furvent

J'imagine la tête du grand-père en entendant les bruits émanant de la chambre/mausolée de M. jnb, un choc entre deux mondes, deux visions des choses. Bien que le grand-père et les gars de King Crimson ne doivent pas avoir une différence d'âge bien élevée, il y a un gouffre qui les séparent. Bon finalement en allant jeter un rapide coup d'oeil sur Wikipedia, je vois que l'ami Fripp est né en 46, il y a finalement un faussé entre nos deux hommes, une guerre même.

C'est marrant quand même quand tu y penses. Deux personnes naissant le même jour, peuvent avoir des vies complètement différentes, avec une course effrénée de retard/avance sur l'autre. C'est tout de même drôle de se dire que pendant que des gars s'amusent à découper des bandes pour coller, littéralement, des sons, essayant de repousser les limites de la création tu as, dans notre magnifique pays(age), un mec qui te pond une chanson comme Vanina, que Michel Sardou est déjà là ... le ver est déjà dans la pomme.

Effectivement les gars de King Crimson sont des magiciens, agençant des choses impossiblement conjugales pour, une fois le sort récité avec une certaine liberté sur.l'interprétation des codes, accouchent d'une oeuvre magnifique.

On peut y retrouver des plans floydiens (easy money) pour enchainer avec un morceau comme the talkin drum où l'on oscille entre l'orient, la musique des Balkans et le planant de l'époque. Bluffant.

Pour envoyer un bon ping à mon compatriote je suis reparti à l'âge où ses cheveux poussaient, les miens aussi d'ailleurs. Puis ils ont été coupés, et maintenant ils repoussent enfin. Bref l'âge où débute ce chamboulement hormonal en tout un chacun, l'âge où tu enfourches ton fidèle destrier motorisé pour te rendre à la médiathèque. Tiens, elle est de retour celle-là.

Effectivement, en y repensant cette médiathèque fut un éveil musical incroyable, et l'album du jour a déjà été évoqué brièvement dans un ping précédant. Où plutôt sa forme originelle car aujourd'hui ce qui nous intéresse c'est le remastering qui en a été fait.

Nous sommes donc avec Pain of Salvation et l'album culte qu'est Remedy Lane. Je me rappelle encore sortir la galette du blister plastique, l'insérer dans mon walkman provenant de la Redoute, avec coques échangeables, et ouais...

L'album est la quintessence du style à l'époque, un bijou de créativité, une oeuvre culte pour les amateurs du genre mais, il souffrait des poncifs des productions de l'époque dans l'équilibrage des instruments. J'ai toujours trouvé que les cymbales étaient trop aigües, que le mix général l'était également, que la voix si magnifique de Daniel Gildenlöw était parfois étouffée. Cela n'enlève rien au fait que l'album est incontestablement brillant d'ailleurs. Le monsieur a du entendre cela et, en 2016 sort à nouveau l'album dans une version remixée ainsi qu'une version live (avec le line-up de 2016 et donc plus aucuns membres présents sur l'album de 2002 hormis M. Gildenlöw.)

Dès les premières notes je repartis presque quinze ans en arrière, tout en redécouvrant des lignes de basses dont je n'avais aucune idée jusque là, en redécouvrant une oeuvre encore plus vivante, plus moderne sûrement.

Le premier morceau met en jambe l'auditeur, cela s'annonce lourd. La suite (Ending theme) introduit l'histoire, dépose des thèmes qui seront repris tout au long de l'album.

L'album démarre vraiment avec le troisième morceau Fandango, je me rappelle encore la première écoute, j'avais eu du mal à l'époque à faire jongler mon cerveau avec ce rythme singulier, à assembler les différents instruments pour en comprendre le tout.

A Trace of Blood se voit lui aussi embellit par ce remix, la ligne de basse à partir des trente secondes est magnifique, me faisant penser instinctivement à Rush. Et puis cette guitare, envoutante, te parlant avec des notes comme seuls les grands musiciens savent le faire.

Après cette débauche d'énergie, reposons nous un peu avec This Heart of Mine (I Pledge), sublime ballade ou les arpèges et la voix haut perchée se marient à ravir. Il faut en profiter car cette incursion dans la lumière retombe vite avec Undertow, le morceau suivant, sombre au possible, triste à en crever.

Et là, nous arrivons sur le morceau que je préfère, depuis le début et toujours aujourd'hui. Je crois d'ailleurs que si un classement sur l'ensemble de mes écoutes devait être fait, il y occuperait assurément le top 3, facilement.

Oh, j'en oubliais également Chain Sling, lui aussi dans mon top 3, ça fait quand même beaucoup pour un seul groupe, seul un certain Dream Theater avec Blind Faith pourrait truster le haut du classement. J'exagère sûrement, car on pourrait y ajouter beaucoup d'autres titres.

Dryad of The Woods est un instrumental, c'est beau et subliment travailler et cette montée en puissance sur la fin vous fait frissonner à chaque fois, si ce n'est pas le cas je ne peux pus rien pour vous, repartez donc vous sardouiller les oreilles, si tenté que ces organes puissent vous servir à écouter de la musique.

Waking Every God est peut-être la pièce la moins forte de l'album, morceau plus classique, non sans talents et bons moments.

Second Love est un superbe slow, pourquoi ne passons nous pas cela dans les booms, ça emballerait avec classe non ?

Beyond the Pale termine cet oeuvre et comme toujours avec Pain of Salvation nous avons le droit à une pièce assez longue pour refermer l'album, le remix rend le morceau encore plus péchu. Quand les lignes de basses sont mis en valeurs, les albums prennent une autre tournure, instrument de l'ombre trop souvent méprisé. Les thèmes des différents morceaux sont repris et parachève l'histoire de cet album, la créativité du groupe est vraiment parfaitement résumée dans ce morceau. Quinze ans après, écrivant ces lignes sur mon pc, je suis encore en train de balancer ma tête comme une gugusse, et plisser les yeux lorsqu'un bon phrasé musical vient te chatouiller les poils. (Ça vous arrive aussi à vous ?).

Quand un groupe est grand, qu'un album est à la fois une oeuvre musicale mais aussi sentimentale, constructive, que le casque sur vos oreilles est beaucoup plus juste avec les sons que vos oreillettes intras achetées 10 euros chez Super U, le plaisir est tel qu'il n'y a pas de mots, hormis ceux plus haut et, surtout, le plaisir de réécouter encore et encore.

Bonne écoute.

https://musicbrainz.org/release/728657d9-48cf-4bf0-9c9d-5a2532d24488

 
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from jnb

Une Tronche. (La vie de Mr Lépange)

Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, avait un problème de tronche. Il n'avait pas personnellement un problème avec sa tronche, non, lui s'était habitué. Encore que... C'est les autres qui avaient un problème avec sa tronche. Il le savait. Il ne l'avait pas toujours su, ça lui avait pris du temps, des années et des années, mais depuis maintenant un long moment il savait. Il s'était habitué. Aux regards des autres, et à sa tronche. Et ce serait toujours comme cela. « Les gens ne changent pas, ils ne changeront jamais. » était une des choses qu'il savait. Et comme lui n'avait pas l'intention de changer de tronche, les réactions des autres resteraient les mêmes. Pourtant il aurait fallu de peu de choses pour changer.

On ne voyait pas de personnes âgées comme lui. Plus âgées que lui j'entends, pas simplement âgées. Et on n'en voyait pas de plus jeunes non plus. Pendant longtemps Mr Lépange s'était interrogé sur ce curieux phénomène. C'était incompréhensible : sans être le seul, il n'y avait que lui. Pendant longtemps il avait passé son temps à chercher ses semblables. En voiture, où ses écarts de trajectoires avaient fait méditer ses passager sur l'expression qui désignait le siège avant droit comme la place du mort, dans les grands magasins, dans les files d'attente en attendant de poser ses achats sur le tapis roulant. Quand il lisait un nouveau CV, ce n'était pas les mots qui attiraient son regard. Il fallait d'abord qu'il scrute la photo. Et il ne trouvait jamais un de ses semblables. Juste une personne souriante, avec le petit sourire qui sied à une photo de CV.

Pourtant il aurait fallu peu de choses pour changer : juste un peu de courage. Des encouragements aussi. Et puis une raison. Mais à l'époque (c'était si loin tout ça...) il n'avait trouvé aucune de ces trois motivations. C'est marrant, parce que des gens de sa génération il y en avait plein des comme lui. Mais il n'y en avait plus. Peut-être étaient-ils tous morts ? Le plus plausible était qu'ils avaient trouvé au moins une des trois raisons qui peuvent personnellement vous pousser à vous rendre ridicule. Enfin c'est ce qu'il pensait à l'époque. Parce que depuis il semblait à Mr Lépange que tous les ados avaient de splendides dents suite à quelques mois passés avec des élastiques plein la bouche, des protèges dents de rugbymen, et personne ne semblait trouver cela ridicule. Même pas lui. Ce qui invalidait sa certitude de la pérennité des choses...

Eux n'étaient pas ridicules. Lui l'était devenu...

Ses dents n'étaient pas spécialement d'une couleur étrange, au contraire, elles étaient même plus blanches que chez beaucoup de personnes. Non, ce qui clochait c'était leur implantation. Pas à l'horizontale tout de même, mais pas à la verticale non plus. Entre les deux... La seule personnalité à qui il se comparait au niveau dentition, c'était le chanteur d'un groupe de rock dont il ne se souvenait jamais du nom (bien que né dans les années 60 il n'était pas un enfant du Rock, plutôt variété Française des années 70), voix de Ténor, tendance à en faire un peu trop selon l'avis de Mr Lépange, il était mort maintenant, un des premiers morts célèbre du Sida... Non, décidément le nom lui échappait encore. Mais ce chanteur atténuait (on ne peux pas cacher) l'aspect de sa bouche grâce à une moustache fournie. Mr Lépange avait bien essayé de faire pareil, mais ses poils étaient implantés à l'horizontale et peu nombreux, ce qui fait que le regard était doublement attiré par la bouche de Mr Lépange, ce qui n'était pas forcément une bonne idée... Idée vite abandonnée donc.

Mr Lépange supposait que les générations qui l'avaient précédé étaient élevées sans qu'on laisse les enfants se fourrer les doigts ou un bout de tissu dégueulasse dans la bouche. C'est pour ça qu'on ne voit pas de vieux comme lui. Mais son père, qui aurait préféré avoir une fille, le laissait faire tout ce qu'il voulait. Mr Lépange se souvenait que ses parents se déchiraient à cause de lui. Sa mère voulait l'empêcher de se ruiner la dentition à cause de ses doigts et d'un infâme tissu en permanence dans sa bouche, son père disait que ce n'était pas grave, qu'elle était folle de toujours tout lui interdire, sa mère répondait qu'à force de toujours tout lui laisser faire, son père allait en faire un... et le mot n'était jamais prononcé parce que son père se levait, le doigt tendu, les yeux exorbités, et il hurlait qu'il lui interdisait de dire des choses comme ça de son fils !!! Alors Mr Lépange, Raphaël de son petit nom, tétait comme un forcené sur ses doigts et son infâme tissu pour se sentir mieux. Mr Lépange se souvenait bien de ces scènes. Le souvenir lui donnait une curieuse sensation au fond des tripes, comme le souvenir, inversé, des scènes qu'il avait eues avec Marie, lui voulant interdire toute tétine dans la maison, Marie trouvant que c'était bien pratique pour apaiser un enfant qui pleure. Quand ils pouvaient en parler à peu près calmement, il lui disait qu'il ne voulait pas que ses enfants aient les dents comme lui. Elle lui répondait que ce n'était pas grave, qu'ils auraient un appareil à l’adolescence et puis basta. Quelle conne cette Marie...

À part sa dentition, la vie de Mr Lépange n'avait rien de particulier. Il avait toujours été un bon copain, pas le chef de bande, non, ça c'était pour ceux qui étaient beaux, lui c'était le marrant de la bande, celui qui révèle le cocasse d'une situation juste avant les autres, celui qui fait rire les autres dans la classe. Ce qui ne l'avait pas empêché de suivre une scolarité satisfaisante jusqu'à son diplôme de comptable. Pas d'expert-comptable, non, ça c'est pour les plus beaux. Mais comme il faisait bien ce pour quoi on le payait il avait étudié, après avoir été abordé par hasard un jour par un type qui lui avait parlé de la microfibre, la possibilité de devenir franchisé dans ce secteur. Et il s'était lancé après avoir convaincu Marie.

Marie, c'était son ex-épouse. C'est elle qui l'avait choisi alors qu'ils étaient adolescents. Pourtant elle était plutôt jolie Marie. Et puis elle en avait choisi un autre... Elle était partie avec les enfants. C'est vrai que la microfibre, loin de nettoyer, avait pourri leur vie. Il s'était tant investi qu'il avait abandonné tout le reste. Famille, amis, vie sociale. C'est tout juste s'il avait remarqué l’absence de ses enfants et de Marie tant il ne vivait que pour la microfibre alors.

Et les années étaient passées jusqu'à cette déclaration de non-essencialité. Après un petit moment de flottement il était parti...

Un jour, après avoir longtemps fait tourner les phrases dans son esprit, il s'était assis sous un pommier sauvage pour écrire une lettre à Marie. Il voulait lui dire qu'il était désolé d'avoir réussi à la convaincre de le laisser se lancer dans la microfibre, qu'il reconnaissait maintenant avoir été un mauvais père, un mauvais compagnon, qu'il comprenait maintenant et qu'il ne lui en voulait pas et lui souhaitait d'être heureuse... La première phrase serait : « Marie, t'es qu'une conne : c'est ce que j'ai longtemps pensé, mais j'avais tort ». Ouais, pas mal pour une première phrase.

Raphaël avait pris son crayon, avait tracé les premier mots, avait eu envie de s'allonger, et était mort avant même d'avoir posé sa tête sur le sol.

Environ sept semaines plus tard une toute petite pomme était tombée dans sa bouche ouverte et était venue se coincer dans le fin fond de sa gorge.

Trois semaines plus tard, un vieil hérisson qui passait par là fut attiré par l'odeur de cette pomme qui pourrissait lentement. Son mets préféré ! Alors il s'enfonça. Encore un peu plus.Tellement qu'il n'avait jamais réussi à sortir. Et il mourut là, la bouche à deux centimètres de la pomme...

« T'as vu, un dirait le cadavre du mec qui chantait...mais si, un Anglais...Putain, j'me rappelle jamais son nom... » fut la première phrase du légiste.

«  Bon, t'as vu le match hier soir ? » fut la seconde...

 
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from jnb

Pong Musical-King Crimson – Lark's Tongues In Aspic

Arrivée du Ping. J'écoute.

Tout d'abord je perçois une tristesse, on peut même dire une immense  douleur, et j'imagine que c'est peut-être lié à la perte du lieu où plongent les racines d'un peuple. Pourtant ça ne me procure pas beaucoup d'émotions. J'ai l'impression d'entendre une musique atemporelle. Une musique qui aurait pû être jouée il y a plusieurs siècles. La voix semble raconter une histoire terrible. Si on enlève la contrebasse qui, elle, apporte de la modernité, et si je ferme les yeux, je suis dans une maison construite en pisé où la chaleur est étouffante, et où ça sent un peu l'odeur des chèvres, et surtout celle du bouc, qui sont dans l'appentis à droite en sortant. Ça fait un peu cliché, je sais, mais mes neurones font ce qu'ils peuvent.

Je connais cette odeur, mes grands parents élevaient des chèvres, et à part les murs en pisé c'était pareil. Le bouc et les chèvres embaument l'air de la même façon, qu'on soit dans la plaine Thouarsaise ou dans la plaine Syrienne, qu'on soit au vingtième siècle (je sais, actuellement c'est le vingt et unième, mais les chèvres chez mes grands parents c'était au vingtième ) ou qu'on soit au moyen âge. Et quand le troupeau se déplace pour rejoindre le pré, il balise pareillement le chemin avec des petites billes rondes, tel un petit Poucet du règne animal... Il y a des choses qui ne changent pas. Ni l'odeur des chèvres, ni leur transit intestinal.

Et, pour moi, cette musique non plus n'a pas changé. Et ne changera pas. Mais je reconnais que cette flûte et cette guitare sommaire à deux cordes, accompagnées de ces percussions, viennent parfois faire résonner des brins d'ADN, je reconnais aussi que des chromosomes se mettent à vibrer au fin fond de mes cellules. Oui, ça je le reconnais. Ainsi que des moments de grâce musicale, oui, c'est vrai, mais globalement je vibre peu avec cette musique. Trop vieille, trop archaïque pour moi. Elle me bouscule par sa longue histoire d'immobilité. J'apprécie pourtant le solo de percussions ou le solo de contrebasse, j'apprécie le son de la flûte, celui des deux flûtes jouées ensemble.

Mais peut-être y a t'il trop de douleurs dans ces deux concerts, peut-être que dans les pensées qui me traversent à ce moment là j'associe cette musique à la guerre, aux migrations forcées, à la mort, à des choses qui me bousculent trop, peut-être que je préfère détourner le regard, et mes oreilles aussi, de cette réalité...

Bon, tout ce que j'en dit n'est que le reflet de mes pensées confuses, cela n'a rien à voir avec la vérité, c'est juste une impression toute personnelle...

C'est en réfléchissant à cette musique qui me bousculait que mes promenades cognitives m'ont emmené vers un album qui m'avait lui aussi bousculé à l'époque où je côtoyais encore le doux fumet d'un troupeau caprin. Une époque où je découvrais les guitares saturées, les batteries binaires, les chants suraigus de chanteurs à la virilité moulée dans des pantalons brillants. Mais une époque où j'aimais être bousculé. D'ailleurs, en général, j'aime toujours être bousculé. Musicalement j'entends....

Le décor : j'ai 14 ans ½, un 103 Peugeot beige, siège biplace, les cheveux qui poussent, c'est l'été, il fait chaud, je suis chaud, j'ai un pote qui s'appelle Eddie et surtout qui a un frère plus âgé qui bosse à la SNCF, et donc un salaire qui lui permet d'acheter beaucoup d'albums, on passe des journées à écouter ces albums, et moi je découvre quatre albums qui vont m'éveiller à des mondes nouveaux, qui vont élargir mon horizon musical. Et dans ces albums il y a « Lark's Tongues In Aspic » de King Crimson.

Ça commence par des percussions, des notes de Marimba qui s’entremêlent, des sons étranges, indéfinissables. Et puis l'arrivée du violon avant une explosion guitare, batterie, basse, à nouveau violon, et retour du groupe avant ce qui ressemble à une longue impro débridée, suivi d'un moment d'apaisement avec un violon solitaire, tout en douceur. Long passage tout en retenue avant le retour d'un court thème final. Le morceau qui suit, basse-guitare-voix, avec quelques ornements au violon, bien que d'un abord plus classique, est musicalement très complexe. Pour terminer la première face du LP, longue intro qui, quand j'y repense, a sans doute beaucoup interrogé mon père à propos de ma santé mentale..., on pense se diriger ensuite vers un morceau avec couplets-refrains, mais c'est plus compliqué que cela. À écouter, donc...

Seconde face : on reprend les mêmes ingrédients que sur la première face, et là encore, surprises à tous les étages. Dans cet album on ne peut pas écouter et se dire que les prochaines mesures vont être comme ci, ou comme ça.. Non, elles sont toujours différentes de ce à quoi on s'attend. La structure, les sons, les gammes, : tout est traité sous un angle progressif/impro par des musiciens très inventifs.

Je vous rappelle juste que c'est un album sorti en 1973 que vous écoutez. C'est à dire avant le numérique. Le copier/coller se faisait avec des bandes magnétiques, des ciseaux et du scotch... J'imagine même pas le travail qu'un tel album représente au niveau conception et production des morceaux.

Après 46 minutes d'une musique qu'on ne danse pas, qu'on ne chante pas, qu'on ne fredonne pas, une musique qu'on écoute en essayant de savourer chaque ingrédient inséré dans ce festin musical, bref après 46 minutes le bras parcours les dernier tours de ce sillon infernal, se relève avec un petit « clac » caractéristique du vinyle qui se termine, et comme l'a dit quelqu'un à propos de la musique de Mozart, le silence qui suit est encore de la musique de King Crimson... Il faut alors un petit, ou un long, moment pour retourner à nos occupations. En général on n’enchaîne pas tout de suite avec un autre album, on est rempli de musique pour un certain temps...

Bonne écoute.

 
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from Des mots en plein Furvent

Raphael s'était rapidement habitué à sa nouvelle vie, et pourtant au début il n'y croyait pas. Il faut dire que notre gars vouait un véritable culte à son travail, pire que ça même, son lieu de travail. Responsable d'un import/export de serviettes micro-fibres, Raphael n'était pas peu fière d'accueillir les futurs clients ainsi que les collaborateurs dans son bureau où trônait toute l'étendu de sa magnifique vie professionnel, de son succès.

Les trophées de la meilleure cadence d'exportation de micro-fibres type 2 (en excluant bien sûr les fameuses type 2-bis) pour les années 2017 et 2018 étaient placés de façon équidistante sur son gros bureau, un portait de Marie Kondo en face de son fauteuil, lui rappelant chaque jour que l'ordre, la discipline et la science du rangement étaient les fondations d'une oeuvre solide, d'une vie sereine. Il manquait bien ici la médaille de la confrérie des adorateurs de l'essuie-tout mais, en 2016, notre ami s'était emporté lors d'une soirée un peu trop arrosée et avait tweeté que les marques distributeurs valaient amplement les grands de ce monde, Spontex et L'Éléphant en tête. Une sombre histoire dans le monde de l'essuyage, qui jamais ne lui pardonna cet affront.

Raphael connaissait les moindres recoins de son entrepôt, toutes ces serviettes méticuleusement classées, indexées, pouvant être expédiées dans la seconde, littéralement. C'était une beauté à voir une fois dans sa vie selon lui.

Alors lorsque la nouvelle du confinement tomba, notre homme fut choqué d'apprendre qu'il était non-essentiel à la Nation. Et pourtant, qu'adviendrait-il d'un pays, d'une nation, d'un peuple s'il n'avait pas de serviettes micro-fibres, petits bijoux de polyvalence nettoyante. C'est donc contrarié que Raphael rentra chez lui ce soir-là, son ordinateur professionnel sous le bras et ses classeurs de couleurs différentes rangé par dégradé de couleurs dans son carton. Dans la précipitation il en avait même oublié d'emporter avec lui son poster et ses trophées, le début de la fin sans doute.

Le voilà donc chez lui, premier jour de confinement, 7h24 (toujours un peu en avance le gars Raphael) devant son ordinateur, le café et les paillettes framboises/mûres déjà avalées, le repas de ce midi fait et celui du soir aussi, faut pas déconner non plus, la vie est assez courte pour qu'on s'emmerde à prendre le temps de cuisiner. Merci Marie, Merci aux Croustibattes. Nous sommes lundi, et dans la tête de Raphael c'est déjà l'effervescence. Le lundi c'est la réunion de stratégie, celle ou son esprit entrepreneurial brille, où sa vision globale du marché de la micro-fibre en fait frémir plus d'un. Sauf que les minutes défilent et hormis l'antivirus lui disant que sa base virale truc-chouette a bien été mise à jour, personne ne lui parle. Personne n'est connecté d'ailleurs.

Notre homme le savait depuis longtemps, ses collègues n'étaient pas réellement intéressés par leur boulot, la micro-fibre n'étant qu'un moyen comme un autre de ramener du fric à la maison. Putain qu'il détestait tous ces cons. Lorsqu'il appela la hiérarchie, oui parce que voyez-vous, notre ami n'était qu'un simple franchisé, tomber dedans un peu par hasard, abordé un samedi après-midi chez Action au rayon serviettes (naturellement) par le numéro 2 mondial de la micro-fibre, un certain Jean-Charles Gratt (Origine nordique), on lui répondit gentiment que le marché de la micro-fibre était en standby pour le moment, les imports/exports étant gérés par des algorythmes et des robots, nul besoin de changer ce qui marchait déjà plus que bien.

Lorsque l'assistant artificiel, dont Raphael n'avait sans nul doute relevé la réelle identité, eut terminé son discours et raccroché sans même une formule de politesse (foutu technologie impolie), notre homme eut un trou noir et revint à lui lorsque son antivirus refit surface pour le prévenir que sa foutue base virale vps avait été mise à jour.

Il se rappela qu'à la fin de la conversation, son interlocuteur avait annoncé que les salariés continueraient à ếtre payé pendant toute la durée du confinement. Raphael se retrouvait donc chez lui, sans avoir à travailler, en étant payé.

Cela ne lui était jamais arrivé et il décida que, puisque le monde de la micro-fibre l'avait trahi, il allait se lâcher, vivre. Tout en se débarrassant de sa cravatte et de son pantalon bien trop moulé (le monde de la micro-fibre est avant tout une histoire de paquet), il appuya sur le bouton play de son poste radio/cassette, vieille antiquité de son adolescence, qu'il n'avait pris la peine de jeter pour s'offrir un poste flambant neuf. Il avait totalement oublié, en entendant les premières notes du morceau, qu'étant ados il adorait par-dessus tout la bonne vieille musique française. Un bon Sardou, disait-il à l'époque, ça te regonfle ta France et tu as la barre toute la journée.

Libéré, il voguait paisiblement (traduction de l'auteur: en slip/marcel) sur une vie douce et voluptueuse, le changement était radical, sûrement dût par ce discours de son supérieur hiérarchique (qui, ce dernier, avait déjà évolué et gérait dorénavant l'import/export, la fabrication à bas coût, et la vente à emporter de PQ, non micro-fibre pour le moment.), discours libérateur, une délivrance pour notre homme qui se redécouvrait au fil des jours.

Un an plus tard, Raphael avait disparu des radars, parti un bon matin avec un sac à dos, une paire de santiags et un atlas michelin 1979 sur les routes de France. Partir à l'aventure, nettoyer son passé et vivre enfin.

Il fut retrouvé dans un sous-bois des mois plus tard, un hérisson dans la bouche et un post-it jaune sur le front : “Marie, t'es qu'une c****“

Encore une victime de cette belle année 2020, trop de pression, pas assez d'exutoire. Mieux vaut serviette gardé, que liberté radicalisée.

Bonsoir.

 
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from Des mots en plein Furvent

L'homme aux trois lettres m'a quelque peu mis dans une profonde m**de avec son album sorti du fin fond d'un département où deux rivières se côtoient sans jamais se voir.

Encore un bon album bien entendu, singulier même tant il surprend. La voix de Tony Hymas est surprenante, difficile à appréhender au début puis, au fil des minutes, la magie opère. L'instru est bien travaillé, mélangeant subtilement la tradition des peuples amérindiens et les codes de notre époque. Une bien belle écoute.

Il fallait alors trouver quelque chose à renvoyer aux oreilles du vieux jnb, toujours plus avides de sons, en pleine fringale musicale.

Bon, bon, bon. Mon pépère, là, il va falloir réfléchir. J'ai bien un sublime album de cor de chasse où les gars jouent aussi bien qu'ils sont torchés. Un bijou de musicalité, venant te chatouiller les oreilles comme aucune autre forme de musique(?) peut le faire. J'ai également un bel album sans aucun son (bon c'est vrai, je ne l'ai pas mais, cela existe et le groupe avait à l'origine produit cela pour le balancer sur les plateformes de streaming afin de récolter de l'argent. Écouter du silence en boucle, ça rapporte de nos jours.)

Et, puisqu'on est dans la musique non occidentale, je ne peux m'empêcher de partir vers l'Orient. Étant encore dans une phase de découverte je n'ai que peu de cordes à mon arc mais, je vais quand même tenter d'offrir l'album Quieter Than Silence de Mehdi Aminian & Mohamad Zatari.

Que puis je dire de plus, à part s'installer confortablement, fermer les yeux et se laisser happer par ce petit rien que nous n'avons pas, nous les érudits occidentaux, dans notre conception musicale.

https://www.youtube.com/embed/tlJJZrriAVI

Et en bonus ce live (avec un santoor) : https://www.youtube.com/embed/Jg78tc5bWas

Bonne(s) écoute(s).

 
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from jnb

Rebond du Pong : Tony Hillerman.

J'ai oublié... !!! Et puis j'ai hésité ...

J'ai hésité parce que mon Pong sur Oyaté était terminé, le point final était posé. Et point final ça veut dire que c'est la fin... The End autrement dit. Autant dans la famille on s'amuse avec la virgule, autant on respecte le point. Et encore plus le point final. Alors faire un rebond ? C'est pas dans les règles ça... Quoiqu'il n'y ait pas vraiment de règles dans ce jeu de Ping Pong. Juste quelques conventions. Je me suis dit : «  Holà !! Ça peut être la porte ouverte à plein de dérives ce truc là. Tu rajoutes un rebond, puis un rebond au rebond, et encore et encore... et tu te retrouves avec un roman alors que tu étais juste parti pour une petite précision. Importante, certes, mais juste une petite précision... »

Et tout ça parce que j'avais oublié... Alors qu’évidemment Oyaté est LA bande son des romans de Tony Hillerman. Je me demande encore comment j'ai fait pour ne pas y penser dans mon Pong.... Les enquêtes de Joe Leaphorn et de Jim Chee se déroulent dans la région des four corners, dans ces paysages mêmes associés à Mastodon par Mister Ping. Des polars qui en apprennent beaucoup sur les cultures Navajo et Hopi. Par lequel commencer ? La trilogie Joe Leaphorn ? Ou celle qui suit : la trilogie Jim Chee ? Ou le septième roman, celui qui voit les deux policiers se rencontrer et travailler ensemble et qui s'appelle « Porteurs de peau » ? C'est comme on veut, mais moi j'ai un faible pour le dernier. Sans doute parce que c'est le premier que j'ai lu...

Bonne lecture.

 
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